16 juillet 2005
Personne ne sait (Nobody Knows)
Nous sommes au Japon. Une femme trop immature pour avoir des plantes vit seule avec ses 4 enfants, issus de 4 pères différents. À douze ans, l’aîné fait la cuisine, la vaisselle, l’épicerie, gère le budget de la maison, remplit des cahiers d’exercices et aide ses frères et soeurs à faire leurs devoirs. Le matin, sa mère lui demande ce qu’il pense préparer pour souper. Parfois, elle lui dit d’en garder pour elle. Elle est célibataire et malheureuse. Lorsqu’elle finit par se trouver un chum, elle laisse de l’argent à son garçon et part en disant qu’elle reviendra… pour Noël.
Le film s’appelle Personne ne sait (titre anglais: Nobody knows). L’histoire s’inspire d’un fait divers. En 1988, une mère japonaise abandonne ses enfants. Personne ne sait que les enfants sont là, seuls, alors personne n’intervient. De temps en temps, leur mère appelle ou vient porter un peu d’argent. Tout cela finit par une tragédie. Le film ne transpose pas totalement l’histoire — il élabore la sienne, propre — mais le public japonais comprend immédiatement la référence.
J’ai été grandement touché par le personnage de la mère: elle présente un mélange d’immaturité dangereuse et de joie de vivre enfantine qui passe très bien et fournit certainement les meilleures scènes du film. Elle travaille, mais rentre tard, parfois en boisson. Comme certains propriétaires n’aiment pas les grosses familles, elle prétend qu’elle n’a qu’un fils (son aîné). Les autres enfants ne vont pas à l’école, restent cachés à la maison à longueur de journée… Isolés de la société et délaissés par leur mère, ils mènent une existence difficile à concevoir.
Les enfants passent une éternité sans supervision. Des semaines au début… Mais lorsque la mère revient, elle ne reste que quelques jours et repart pour plusieurs mois. L’argent diminue. L’aîné commence par faire de bons soupers, puis achète des nouilles Ramen, puis du riz, puis mendie pour un peu de nourriture. Il ne peut plus payer les comptes qui s’accumulent. Les vrais problèmes commencent: il reçoit des lettres qui menacent de couper l’électricité, l’eau. Le propriétaire veut les faire sortir. Moins la situation est tenable, moins l’aîné semble responsable. Il ne peut plus gérer le budget, alors il se fait des amis et joue à des jeux, ne fait plus le ménage, etc.
Le réalisateur Hirokazu Koreeda a apparemment une expérience de documentariste. Personne ne sait en porte la marque: la technique est simple, la direction photo réaliste et Koreeda porte une grande attention aux détails: nous voyons les vêtements qui s’usent, le vernis à ongle de la petite qui s’estompe, les cheveux qui poussent, le désordre qui s’installe petit à petit dans l’appartement, les plantes qui grandissent, l’aîné qui commence à avoir une petite moustache. Presque tout le film tente de nous faire sentir le temps qui passe (plutôt que de nous le montrer avec un calendrier). Et c’est efficace: à chaque fois que, dans une scène, un élément nous rappelle le temps qui a passé, nous nous disons que la situation est complètement, complètement folle.
Par contre, bien que j’aie aimé la prémisse, je trouvais que l’exécution laissait à désirer. Le réalisateur a réussi à m’intéresser au temps qui passe. Mais il n’a pas réussi à m’intéresser à ce qui se passe pendant que le temps passe. Lorsque je vois que la plante a grandi, ce petit détail me touche. Mais je vois ça parce que les enfants passent une, deux minutes à les arroser et ça, ça ne m’intéresse pas du tout. Un défaut de documentariste, peut-être? Koreeda attendait que quelque chose se passe plutôt que de le mettre dans le scénario? Personne ne sait est un excellent film de une heure trente qui a le malheur de durer plus de deux heures.
Marylin affirme:
Le 17 juillet 2005 à 22:00
Héhé!
Je ne suis pas d’accord avec toi que les “longueurs” du film diminuent l’intérêt qu’on peut y porter. Je pense que 1) c’est le propre des films japonais que d’être contemplatifs et de nous laisser le temps de réfléchir PENDANT qu’on les regarde 2) On peut, comme tu l’as dit, SENTIR le temps qui passe. J’ajoute que cette facture nous permet de SE SENTIR comme se sentent les enfants, désoeuvrés. Bref ça nous fait plonger dans leur quotidien fait de banalités.
Cela dit, t’as le droit de ne pas aimer ça…