12 septembre 2005

Le Québec et les relations internationales

Le 12 septembre 2005, à 21:43. Classement: Politique

Il y a cinq, dix ans, dire que nous étions dans une ère de mondialisation, c’était un cliché. Maintenant, ce n’est même plus un cliché. C’est dépassé, c’est fait. Certes, les relations internationales (incluant les traités) évolueront toujours, mais le principe de base de la mondialisation, étant que ce qui arrive à Val-Alain est relié à ce qui arrive à Jakarta (et inversement, bien sûr, surtout dans ce cas-là), est déjà fait, depuis longtemps.

Dans ce contexte-là, je trouve totalement normal que le Premier Ministre du Québec, quel qu’il soit, puisse avoir besoin de discuter avec son homologue de l’état de New York, du Vermont. À l’occasion, il pourrait avoir besoin de discuter avec le président mexicain ou français. Parler. C’est le genre de choses que des partenaires culturels et commerciaux doivent faire de temps en temps. Comme moi et Mr Noodle, par exemple, qui produit les Ramen. De ces temps-ci, je leur parle à tous les jours. Je les tiens au courant. Pour éviter une pénurie qui sèmerait une panique dans le milieu étudiant. Genre.

Mais, bon, en politique, ça ne fonctionne pas comme ça. Il y a une mentalité de carrés de sable. Un ministre qui joue dans le carré de sable d’un autre va se faire montrer la porte très rapidement. Un palier de gouvernement qui s’imisce dans le carré de sable d’un autre palier de gouvernement se dirige droit vers un mini-scandale dans les journaux. Et, comme les relations internationales relèvent du gouvernement fédéral, comme le Québec est plein de méchants séparatisses, c’est compliqué, parfois, pour un Premier Ministre québécois de parler à ses partenaires étranger. Très compliqué.

Une partie du problème, c’est la constitution. Elle n’est souvent pas très claire. Par exemple: la santé et l’éducation sont de compétence (juridiction) provinciale. Mais le gouvernement fédéral a un “pouvoir de dépenser” très flou. Alors Ottawa prétend que ça veut dire qu’il a le droit de dépenser dans n’importe quel domaine. C’est pour ça qu’Ottawa a des programmes en éducation et un ministère de la santé. Ce manque de clarté constitutionnel est à l’origine de la majeure partie des disputes fédérales-provinciales.

Inversement: si les provinces ont juridiction sur la culture et le fédéral sur les relations internationales, qui a la juridiction pour signer des traités internationaux sur la culture? L’idée que le Québec a le droit de se représenter à l’étranger pour ce qui relève des compétences provinciales s’appelle la doctrine Gérin-Lajoie. Jean Charest vient de rencontrer le Président chinois, alors nous pouvons croire que le fédéral jette du lest. Mais ce que Jean Charest cherche à obtenir en ce moment, c’est plus de représentation au sein d’organismes internationaux comme l’UNESCO .

Là-dessus, le ministre fédéral Pierre Pettigrew refuse: il déclare la doctrine Gérin-Lajoie désuète. Il a peur que de nouveaux pouvoirs constituent des précédents et tombent entre les mains de “fanatiques de séparation”. (Le Devoir n’est pas impressionné.) Comble du paradoxe, Pettigrew considère qu’à cause de la mondialisation, le Canada doit parler d’une seule voix. On apprend aujourd’hui que le ministre québécois des Affaires intergouvernementales Benoît Pelletier pourra rencontrer Pierre Pettigrew le 7 octobre pour discuter de la question. Mais Jean Charest a déjà indiqué que la doctrine Gérin-Lajoie est une réalité et non une théorie et qu’il a l’intention de la faire progresser, et non reculer, quoi que puisse en dire le fédéral.

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