19 septembre 2005
Guy A. Lepage et Jon Stewart
En regardant Guy A. Lepage dimanche soir dernier, je me suis mis à penser à Jon Stewart. Les deux sont des humoristes qui animent une émission d’affaires publiques. Les deux ont une position idéologique affichée (de gauche, en l’occurence). Et les deux ont suffisamment de poids et inspirent assez le respect pour avoir sur leur plateau des invités de persuasion contraire. Je pense à Gilles Proulx ou Jean Charest dans le cas de Guy A. Lepage; à Zell Miller ou Rick Santorum dans le cas de Jon Stewart. Mais leurs approches sont complètement différentes.
Jon Stewart travaille aux États-Unis, où, franchement, le débat public a dégénéré. On peut avoir des débats à presque n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, aux États-Unis. Mais ces “débats” durent parfois 30 secondes, une minute. Et il n’y a jamais le moindre terrain d’entente. Ceux qui sont invités pour participer aux débats ne sont pas des Chantal Hébert, Michel C. Auger, Paul Wells; ce sont des radicaux partisans. Jusque dans le scandale d’Abu Ghraib, il y avait dans chaque débat une “tête parlante” pour défendre la torture des prisonniers.
Jon Stewart est différent. Presque unique. Il est de gauche, mais quand il a un invité comme Rick Santorum ou Zell Miller, il ne cherche pas à le planter, à “gagner”, etc. Il cherche à ouvrir un dialogue. Il n’en revient pas que quelqu’un puisse défendre la guerre en Irak ou le scandale d’Abu Ghraib, alors il pose honnêtement la question et demande à la personne de lui expliquer sa position pour qu’il comprenne. Et il essaie vraiment de comprendre. C’est phénoménal ce que ça fait pour le débat. Le radical qui est habitué de se faire attaquer constamment et de répondre des énormités doit tout d’un coup simplement répondre à des questions raisonnables. Jon Stewart, c’est la renaissance du discours public dans le mainstream des médias américains.
Guy A. Lepage, avec Jean Charest ou Gilles Proulx, c’est l’inverse. Il n’essaie pas d’avoir une discussion honnête avec la personne pour comprendre ses positions. Il le plante. Quand le public de Jon Stewart (de gauche comme lui) essaie de huer son invité, Stewart les arrête, par respect pour la personne devant lui. Guy A. Lepage, lui, sort les attaques qui lui donneront un rire facile d’un public sympathique. Moi, en voyant ça, j’ai eu de la sympathie pour Jean Charest et même Gilles Proulx (ce n’est pas rien). Mais Guy A. Lepage oeuvre dans un milieu où le débat public se porte encore relativement bien (même si le phénomène des têtes parlantes commence à prendre de l’ampleur). C’est peut-être donc sa façon à lui de se distinguer.
Ultimement, je ne sais pas ce que ça va donner pour Guy A. Lepage. Jon Stewart a du succès en partie parce qu’il a mérité le respect de ses adversaires et donc n’a aucune difficulté à les inviter sur son plateau, maintenant. Je serais surpris que Charest retourne voir Lepage bientôt. L’émission a bien tourné pour lui, mais ce n’était sûrement pas plaisant. La gauche trouve parfois Jon Stewart trop conciliant avec la droite radicale. Je l’ai déjà pensé, par moments. Mais je me rends compte, finalement, que j’aime beaucoup mieux ça que l’approche inverse.
brem affirme:
Le 19 septembre 2005 à 22:39
Je pense que tu as “nailé”le clou.
Le mot essentiel dans ton exposé, c’est “respect”.
peace.
brem. (heheheh)
Marie Nancy affirme:
Le 20 septembre 2005 à 2:41
Ta comparaison est intéressante et je suis certaine que Guy A. Lepage adopterait une approche différente s’il devait inviter des radicaux. Car ceux-là carburent généralement au chaos et à la cacophonie. Une tribune ouverte où respect et écoute sont mots d’ordre, c’est tout ce qu’il faut pour amadouer leur discours souvent incohérent et simple à décrédibiliser.
Pourquoi Guy A. Lepage reprend-t-il le même humour qu’il y a 15-20 ans ? Il me semble que les temps ont changé, que le caustique-niaiseux, c’est dépassé depuis belle lurette. Position de gauche ? Pas si certaine que ça. Ça semble terriblement manquer d’engagement tout ça…
jerome affirme:
Le 20 septembre 2005 à 19:27
Je suis plutôt d’accord. Il n’est pas bitch parce qu’il est de gauche. Il est bitch parce qu’il ne s’est pas encore rendu compte que ça lui nuit. Dans le temps de RBO, Lepage, c’était la reine des bitch et je l’adorais pour ça. Mais TLMEP, idéalement, c’est différent de RBO.
brem affirme:
Le 20 septembre 2005 à 23:22
Il n’est pas aussi bitch qu’il était du temps de RBO… Il s’est assagi.
brem
jerome affirme:
Le 20 septembre 2005 à 23:31
C’est vrai. Et je le trouvais assez respectueux, l’année dernière, quand même. C’est juste cette année qu’il semble se sentir un peu trop à son aise. Mais c’est peut-être passager. Sauf que son intro sur les réactions à son entrevue avec Jean Charest ne m’a pas rassuré. (Grosso modo, il trouve qu’il a coupé la poire en deux.)
Anonyme affirme:
Le 20 octobre 2005 à 12:29
Savais-tu ça Jérôme que tu es la première référence sur Google en ce qui concerne “rejoindre Guy A. Lepage”? J’ai tapé cela en dernier recours parce que ça fait une demie-heure que j’essaie de savoir comment s’appelle “un gars, une fille” en hébreu, pour pouvoir l’écouter. Je me suis écoeurée de chercher puis j’ai décidé d’écrire personnellement à Guy A. Mais le hasard a voulu que je tombe sur toi. Alors es-tu capable de fournir une réponse à ma question?
jerome affirme:
Le 20 octobre 2005 à 14:42
Non, je ne savais pas, mais ça me fait tout chaud au coeur. Pour “guy a lepage” tout court, je ne suis pas premier, mais je suis quand même sur la première page. Et… non, je ne connais pas son numéro de téléphone. Désolé. Mais s’il me le fait parvenir, je le mettrai ici.
Lyne affirme:
Le 18 janvier 2006 à 11:18
Bonjour Anonymous et Jérome,
Pour “rejoindre” Guy A., tu n’as qu’à lui écrire dans le site Internet de Tout le monde en parle (http://www.radio-canada.ca/television/tout_le_monde_en_parle/index.shtml)dans la rubrique “Écrivez-nous”. Je l’ai fais et j’ai eu une réponse de Lepage.
Pour ce qui est du point de vue de Jérome, je suis entièrement d’accord et j’ajouterais ceci : en fin de compte, Guy A. est loin d’être un intello. Il ne recherche que le spectacle et la gloire. Il ne faut pas trop lui en demander! Obtenir des réponses intelligentes à ses questions lui importe peu. Il préfère de loin s’écouter poser les questions!