7 octobre 2005

Lysiane Gagnon et le diplôme d’André Boisclair

Le 7 octobre 2005, à 16:06. Classement: Actualité

Hier, le journal La Presse à Montréal a publié une chronique de Lysiane Gagnon dans laquelle la journaliste accusait le candidat à la course à la chefferie du Parti Québécois André Boisclair de mentir au sujet de son séjour à l’université Harvard: “André Boisclair ferait bien de corriger au plus vite sa biographie officielle qui lui attribue une maîtrise en administration publique de l’Université Harvard. C’est tout simplement de la fausse représentation.”

Mme Gagnon prétendait que Boisclair avait seulement obtenu une “Mid-Career Master in Public Administration (MC-MPA)”, qu’elle décrivait comme une sorte de demi-maîtrise. Elle prétendait de surcroît que ce diplôme avait été décerné par la JFK School of Government et non Harvard même. L’entourage d’André Boisclair a vite réagi et a fait circuler une copie de son diplôme. Lorsque Brem m’a parlé de la controverse, hier, j’ai tout de suite voulu vérifier si l’accusation était sérieuse ou sans fondement. J’ai trouvé ceci:

Le diplôme d'André Boisclair

L’image est de très mauvaise qualité. Par contre, on voit aisément que le document dit bel et bien “Harvard University” en haut. En regardant très attentivement, on finit par voir aussi plus bas que ça dit bel et bien “Master in Public Administration” et non “Mid-Career Master in Public Administration (MC-MPA)”. En voyant cette image, j’ai très vite conclu que l’accusation était sans fondement et que le journal se rétracterait dès vendredi. C’est ce qui est arrivé: La Presse a présenté ses excuses et plus personne (sauf André Arthur, peut-être) ne remet plus en question le diplôme de Boisclair.

Mais je considère que le dossier n’est pas clos. La qualité d’une démocratie dépend en bonne partie de la qualité de ses journalistes. Mme Gagnon a publié un article-choc qui était complètement sans fondement. Et si ce qu’on nous dit est vrai, elle n’aurait même pas tenté au préalable de vérifier ses faits auprès de Harvard ou de l’équipe d’André Boisclair. Elle n’aurait pas demandé de voir le diplôme avant de tirer des conclusions sur ce qu’il pouvait bien dire. C’est complètement inacceptable.

Le camp Boisclair prétend maintenant que Mme Gagnon fait partie d’une sorte de cabale fédéraliste contre le candidat. D’instinct, je ne le crois pas. J’imagine que Mme Gagnon ne ressent pas beaucoup de sympathie pour André Boisclair et que peut-être que cette prédisposition lui a fait perdre son scepticisme. Mais je ne crois pas que Mme Gagnon voulait fabriquer une histoire de toutes pièces.

Sauf que, preuve à l’appui, nous voyons bien que c’est ce qu’elle a fait. Même si c’est simplement par inadvertance, un journal de réputation comme La Presse devrait se demander comment cela a pu arriver. Quels processus ont fait en sorte qu’un tel article soit publié? Est-ce que Mme Gagnon procède régulièrement de la sorte, ou était-ce simplement une (grave) erreur de parcours? Ne serait-ce que par respect pour ses lecteurs, La Presse doit assurer un suivi et nous expliquer pourquoi ce genre de chose ne se produit pas régulièrement dans des cas qui attirent moins l’attention et, surtout, pourquoi cela ne se reproduira pas.

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