14 octobre 2005

Pauline Marois donne son discours de concession

Le 14 octobre 2005, à 18:06. Classement: Politique

Dans les dernières semaines, nous avons vu au Québec se développer un discours de plus en plus abrutissant: le Québec est-il “prêt”, assez mûr politiquement, pour accepter d’élire une femme première ministre du Québec? Marie-France Bazzo de Radio-Canada a animé en fin de semaine dernière un débat sur la question. Michel Garnotte (et de nombreux autres) a signé une caricature à ce sujet. Chantal Hébert a pris position dans une de ses chroniques. Etc., ad nauseam.

Je dis “abrutissant” et le problème n’est pas la question. Bien sûr que si le Québec n’a pas la maturité politique pour élire une femme comme première ministre, je trouve que ça vaut la peine d’en discuter. Le problème, c’est que dans la grande, l’énorme majorité des cas, personne ne semble se poser la question de la compétence relative de Pauline Marois. Les commentateurs ne veulent généralement pas se mouiller sur la compétence relative des candidats dans une course. Alors en ce moment, ils débattent publiquement (dans toutes les tribunes) de si Mme Marois perd parce qu’elle est une femme en évitant autant que possible de se demander si elle pourrait perdre pour d’autres raisons.

Voici à peu près comment va le raisonnement: Pauline Marois est une femme, elle est deuxième derrière André Boisclair, il s’ensuit que le Québec est sexiste. Moi, j’en conclus que Richard Legendre et les deux cent cinquante-trois autres prétendants au throne qui sont encore plus loins derrière doivent ipso facto être secrètement des femmes. Je veux dire, on suit la logique ou on ne la suit pas.

Le “débat” public a tellement dégénéré que j’ai entendu plusieurs commentateurs féliciter les femmes qui appuient Pauline Marois ou faire un doux reproche à celles qui ne l’appuient pas. C’est encore plus absurde. Je me souviens d’une période où les filles votaient pour les filles et les gars votaient pour les gars. C’était quand on choisissait un représentant de classe à l’école secondaire. Moi, j’ai passé cette période-là. Il serait peut-être temps que nos journalistes et chroniqueurs en fassent de même.

Marois vient de rajouter son propre grain de sel à la controverse qui monte et a signé ce que je ne peux qu’appeler un discours de concession:

En entrevue à La Presse, hier, la candidate à la direction du Parti québécois s’est dite victime des «vieux préjugés» à l’endroit des femmes en politique. Ces préjugés minent selon elle sa campagne. «Il y a comme une espèce de doute parfois sur cette capacité d’exercer l’autorité, de prendre une décision, de s’imposer, parce qu’on ne parle pas fort, parce qu’on ne met pas le poing sur la table», a-t-elle expliqué.

À son avis, les Québécois se disent publiquement «prêts» pour une femme chef de parti ou première ministre, mais «quand joue l’inconscient, ils ont peut-être des doutes».

«Est-ce qu’elle va être capable de prendre des décisions, (…) de diriger une équipe, d’aller chercher la confiance de ses collègues. Je crois qu’il y a beaucoup de ça», a-t-elle précisé.

Quand un candidat commence à expliquer pourquoi il perd, souvent, il a déjà perdu l’objectif de vue. Ou une candidate. Enfin, vous comprenez. Plus! Quand un candidat refuse de prendre responsabilité pour ses erreurs, préfère blâmer l’électorat… quel manque de jugement. Dans une démocracie, l’électorat a toujours raison. Dans le même article, on peut lire que seulement 4% des électeurs ne veulent pas d’une femme première ministre. Et Pauline Marois pense que pour remonter, elle doit chiâler que ce n’est pas de sa faute à elle et dire aux électeurs “vous êtes intolérants”? Elle pense s’aider en insultant la population? Je suis sidéré.

J’ai un ami au parti qui m’a récemment dit qu’il appuyait Pauline Marois. Moi, je l’appuie pas parce que je trouve qu’un premier ministre qui a des boules, ça ne fait pas sérieux. Je niaise. Non, je ne l’appuie pas parce que je trouve que c’est un peu une Landry “moins”. Elle a un peu les mêmes qualités (bonne gestionnaire, bonne avec les dossiers, grande expérience, cultivée, etc.), un peu les mêmes défauts (langage froid, manque de charisme, tendance à gaffer, etc.). Sauf que ses qualités me semblent moins prononcées (Landry maîtrisait mieux ses dossiers) et ses défauts amplifiés (Landry paraissait distant; Marois plane dans la stratosphère).

André Boisclair est un autre type de chef. Il n’a ni les mêmes qualités, ni les mêmes défauts. Et les qualités qu’il a correspondent en grande partie à ce que toute une aîle du parti recherche: la jeunesse, la volonté de renouveler les institutions, un certain charme, etc. Maintenant, Boisclair n’est probablement pas le candidat idéal. Il est quand même très bon et je trouve que la compétition est légitime, qu’il existe amplement de raisons légitimes de préférer Boisclair à Marois. Enfin, j’ajouterais que Pauline Marois a un grand défaut comme chef de parti: elle a peu d’instinct politique. Et je crois qu’elle vient d’en faire la preuve.

Sites qui parlent de cet article:

  1. Pingback par Pauline Marois admet avoir fumé du pot -- Jérôme Loisel — 17 octobre 2005 @ 21:11

  2. Pingback par Le dixième candidat -- Jérôme Loisel — 20 octobre 2005 @ 15:01

  3. Pingback par Pauline Marois propose de nationaliser l’éolien -- Jérôme Loisel — 9 novembre 2005 @ 0:24

Réponses

  1. Marie Nancy affirme:

    Oh la! Cracher publiquement dans la main qui t’a déjà nourri, si c’est pas une gaffe ça… M’enfin Jérôme !

    Moi, je trouve que le discours de Marois se tient bien, que dans l’imaginaire collectif des électeurs, il y a de ce qu’elle évoque. Au final, le style de leadership de Marois est trop éloigné de l’idéal que se font les Québécois de la figure d’autorité. Si Marois était plus ferme - plus virile même - on pourrait la prendre pour une Margaret Thatcher en puissance et on aurait encore d’autres raisons de la critiquer.
    Mais, à cela, s’ajoute un facteur que tu soulignes et qui est sans doute plus important: son âge, sa génération.

    Aujourd’hui, on veut du sang neuf, un candidat issu d’une génération qui connaît bien les artifices du “charisme”, du “langage chaud” et des scènes abracadabrantes qui sauront attirer l’attention des médias. C’est vrai, peut-être que Marois manque d’”instinct politique”. Chose certaine, elle n’a pas le profil de Boisclair qui fait beau-pétard-mouillé en-plein-ce-qu’il-nous-faut dans-nos-sociétés-démocratiques-en-dérive axées sur le sexe, la drogue et… Boisclair ne joue-t-il pas de la guitare électrique ?

    —–
    p.s. L’analyse de M.-F. Bazzo ne m’étonne pas une miette. C’est une conne, celle-là.

  2. jerome affirme:

    Oui, voilà, qu’on me parle de générationisme pour expliques les difficultés de Pauline Marois, à la limite, je pourrais l’accepter. Je pense qu’il y a, dans la population en général et chez les membres du PQ en particulier, une volonté de “passer le flambeau” à une autre génération. Personnellement, j’aurais adoré voir Joseph Facal dans la course.

    Sauf qu’il n’y a pas juste ça et je trouve qu’il existe des raisons légitimes pour trouver que Marois n’est pas la meilleure candidate. Je ne dis pas qu’elle n’est pas bonne, loin de là. Je dis simplement que la position se défend, très bien je trouve. Mais on dirait que ça n’effleure même pas l’esprit de certains commenteteurs, ce qui est déplorable.

    PS. Tu aurais de plus en plus de difficulté au Québec si tu détestes encore Bazzo. Elle prend de plus en plus de place dans les médias. On se demande où elle trouve le temps de tout faire ça.

  3. MontFaucon affirme:

    Je suis d’accord avec Mary au sujet de “Blanche -Neige” Boisclair. Je ne comprends tout simplement pas que sa candidature soit encore prise au sérieux quand il a avoué que pendant son mandat il a consommé de la cocaïne. Avec les qualités qu’il apporterait au parti, j’aurais été capable de l’accepter si c’était arrivé avant sa carrière politique, mais en sachant qu’il l’a fait durant son mandat…

    Le problème demeure qu’il n’y a aucun autre candidat parmi les deux cent cinquante quatre autres candidats qui a le profil pour que je l’appui.

    Pour poursuivre ton idée Jérôme, Joseph Facal aurait été mon choix #1 s’il avait été dans la course.

    MontFaucon

  4. Eul Bla affirme:

    Moi je trouve que le cas Marois ressemble au cas Parizeau.
    -Marois, les gens sont sexistes et ne sont pas prêt à élire une femme.
    -Parizeau, on est pas un pays à cause des minorités ethniques.

    Je trouve qu’il y a une certaine tangente à rejeter le blâme sur la population.

    Moi je regrette profondément le manque de débats dans cette course. C’est ben beau la souveraineté mais il me semble qu’un parti a besoin de plus que çà dans son programme. Et là-dessus, le parti Québécois ressemble étrangement au parti libéral d’il y a trois ans…ce que notre PM s’est empressé de souligner récemment (mais sans analogie bien sûr).
    J’aurais aussi aimé voir Joseph Facal dans la course, à tout le moins parce que je crois qu’il aurait pu nourrir les débats. J’aurais aussi aimé voir François Legault, juste pour voir comment la balance aurait basculée.

  5. jerome affirme:

    Oui. J’aurais aimé voir François Legault, Joseph Facal ou Gilles Duceppe. Il manque plusieurs grands noms.

  6. brem affirme:

    De toute évidence, ces trois noms sont soit pas intéressés par la fonction, ou bien intéressés mais on peut de se faire lyncher en public comme les deux bozos qui sont en avance présentement. Qui peut leur donner tord et les blâmer?

    brem

  7. brem affirme:

    peut => peur

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