17 octobre 2005
Fêter l’Action de Grâces à l’anglo-saxonne
Dans tous mes cours de langues, j’ai une section conversation où je dois aider les élèves à pratiquer. Sauf que les petits exercices bidons de style mise en situation conne, je n’aime pas ça. Alors à chaque semaine, je me trouve une histoire en canne (”my stupid story this week”). Et je développe un sujet de discussion, qui peut ou non avoir rapport avec l’histoire en canne. J’aime surtout l’histoire en canne parce que ça fait rire les élèves (mes jeunes!) et ça m’aide à bâtir une relation avec eux. Ça leur montre aussi comment cool je suis.
La semaine dernière, mon histoire en canne portait sur l’Action de grâces. Les États-Unis fêtent la fameuse Thanksgiving en novembre. Plus au nord, nos récoltes arrivent plus tôt dans l’année, alors nous fêtons ça au début octobre. Au Québec, c’est une fête peu connue que presque personne ne célèbre. J’ai fait un mini-sondage auprès d’une quinzaine de mes jeunes et j’ai découvert qu’un seul la soulignait. Et je ne parle même pas de célébrer dans le sens de respecter toutes les traditions: il est le seul à faire un effort annuel pour regrouper la famille autour d’une table à cette date.
Dans ma famille, nous aimons les fêtes, alors à l’Action de Grâces, nous faisons toujours un souper en famille où, autant que possible, nous mangeons de la dinde. Ça s’arrête là: pas de tarte à la citrouille, de massacres d’amérindiens, ni rien d’autre qui caractérise l’occasion. Mais c’est déjà ça. Sauf que cette année, j’enseigne au cégep dans le département des lettres, alors j’ai rencontré des jeunes qui viennent au Québec pour perfectionner leur français et obtenir une expérience d’enseignant comme moniteurs de langues. Et j’ai reçu une invitation pour fêter la Thanksgiving avec eux… Cue le début de l’histoire en canne.
Lorsque j’arrive, je remarque tout de suite une différence d’avec le party précédent: les Français ne sont pas là et j’entends presque juste de l’anglais dans la salle. Je salue Rob, un Britannique qui nous reçoit. Il vient de sortir sa dinde du four, préparée selon la recette de sa mère. “J’ai fait de la farce! — Excellent! Mais pourquoi tu la fais cuire séparément? Ah, c’est parce que ce n’est pas tout le monde qui aime ça. — Mais tu aurais quand même pu ça ensemble. La farce va dans la dinde et la viande est à l’extérieur.” Il a l’air un peu exaspéré: “Oui, bon, mais sur le coup, je n’y ai pas pensé, ça.” Ça m’amuse beaucoup, ce genre de commentaire-là.
Une fois que la table est servie, Rob interrompt la conversation: “Avant de manger, je voudrais dire quelques mots…” L’autre Québécois crie: “Le bénédicité!” Je pense qu’il trippe, lui aussi, de fêter ça à l’anglo-saxonne et là, il voit grand. Personne ne comprend le mot “bénédicité”, bien sûr, mais je fais mon bon petit prof de langues: “Grace!” Rob dit: “Oui, justement, j’aimerais le dire si vous n’avez pas d’objection.” Je n’en reviens pas, je jubile. Bon, bon, je comprends que dans certaines familles, ça existe encore, le bénédicité, mais moi, je n’ai jamais vu ça ailleurs que dans Sérephin et le cinéma Américain. Viande à chien!
Rob poursuit: “Je voudrais vous remercier, Seigneur, pour toute cette nourriture que vous nous donnez.” Il décide de détailler: “Cette nourriture de la terre”, et il pointe ce qu’il y a sur la table; “cette nourriture de l’air”, et il pointe la dinde… ça vole, une dinde?; “cette nourriture de l’eau”, et il ne pointe rien, mais c’est probablement mieux comme ça parce que nous n’avons pas de poisson. Il continue comme ça pendant une bonne minute et moi j’ai l’air excité comme un antiquaire dans une résidence pour personnes âgées. Amen.
Tout le monde se sert. Une quinzaine de minutes passent et nous nous retrouvons finalement tous assis en rond, une douzaine, à se parler en petits sous-groupes de trois ou quatre. Jessie, un Canadien, demande notre attention: “Il y a une tradition pour le Thanksgiving dans ma famille. Je ne suis pas avec eux cette année, mais on fait ça tout le temps ça et je l’apprécierais beaucoup si vous vouliez participer. À chaque année, quand on soupe, on dit une chose pour laquelle on est reconnaissant.” Ah. Mon. Dieu. La vraie, la pure tradition du Thanksgiving. “Chez nous, c’est très religieux, tout le monde est reconnaissant pour Dieu et sa présence dans notre vie, mais ça peut être n’importe quoi, une chose pour laquelle vous êtes reconnaissant.”
Je ressens une certaine tension: c’est la première fois que je fais ça et il me semble qu’il faut que je trouve quelque chose d’important. Une des filles prend ça moins au sérieux que moi: “Je suis reconnaissante pour le sexe. Le sexe et la pilule.” Finalement, c’est à mon tour. Je décide d’expliquer que je suis reconnaissant pour la bonne santé de ma grand-mère. Elle a 87 ans, elle m’a conjointement élevé pendant quelques années et je suis très très heureux de l’avoir encore avec moi, lucide et active. Petit moment d’émotion dans la salle: les filles poussent un “aaaaaaaah, que c’est cute”, ce que je viens de dire. Je comprends immédiatement que je vais dormir seul ce soir.
Mais tout cela pour dire que j’ai découvert la vraie Action de Grâces anglo-saxonne. Deux choses en ressortent: d’abord, c’est éminemment quétaine. Ensuite, c’est une très belle tradition; magnifique même. On critique beaucoup de fêtes aujourd’hui d’être rendues trop commerciales. Mais l’Action de Grâces, même pour un athée comme moi, ça rejoint autre chose: prendre un moment pour mettre l’emphase sur quelque chose qui va bien dans notre vie. C’est quelque chose qu’on ne fait pas assez souvent. J’adore. L’an prochain, je vais tenter d’instaurer la tradition dans ma famille.
Voilà. Fin de l’histoire en canne. Cool, le prof, non?
brem affirme:
Le 18 octobre 2005 à 0:19
Du côté de chez ma femme, les repas de l’action de grâce sont extrêmement copieux, il y a des restes pendant 4 jours, à en devenir écoeurrés.
Mais on ne fête pas ça ici. On a bien tenté une fois avec ma famille, mai ça n’a pas été concluant. C’est dommage, je sens que ça lui manque, à ma femme.
brem
Marie Nancy affirme:
Le 18 octobre 2005 à 3:56
Bien sûr, tu nous fais marcher. [rires]
Instaurer la tradition de l’autre dans ta famille… Et tu vas oublier laquelle en échange ? T’es vraiment très drôle.
brem affirme:
Le 18 octobre 2005 à 10:07
C’est pas la questions d’oublier l’autre. Dans l’autre famille, la tradition à l’action de grâce c’est de ne rien foutre de différent qu’un autre congé. Donc d’un côté, ils n’auraient rien à perdre.
Ceci dit, ça n’a pas marché, donc…
brem
Marie Nancy affirme:
Le 18 octobre 2005 à 11:49
Excuse-moi brem, je parlais à Jérôme. Dans ton cas, c’est différent.
jerome affirme:
Le 18 octobre 2005 à 11:54
Même chose de mon côté aussi: on fête déjà l’Action de Grâces, mais c’est seulement un souper en famille. Essayer d’y ajouter un élément de la tradition anglo-saxonne ne nous force pas à enlever la dinde.
brem affirme:
Le 18 octobre 2005 à 12:33
Remarque, que c’est à Noël chez ma blonde à Vancouver que j’ai mangé de la dinde pour la première fois de ma vie, soit vers l’âge de 28 ans. Incroyable hein?
brem
Marie Nancy affirme:
Le 18 octobre 2005 à 13:16
À titre individuel, c’est joli tout ça. Mais on a quand même remplacé le Mardi Gras par l’Halloween et dites-vous bien que derrière la “fête à Dollar”, y’a la fête de la Reine, etc. Mais, je dis juste ça de même.
Marylin affirme:
Le 18 octobre 2005 à 14:12
Moi je vais fêter l’Action de Grâces pour la première fois de ma vie cette année, avec de vrais Américains de surcroît, mais ils sont tous Juifs! Je ne vois donc pas de problème à mélanger les traditions, surtout s’il y a de la bonne bouffe qui accompagne le tout…
brem affirme:
Le 18 octobre 2005 à 14:31
Moi je fête pas Dollar. Ni les patriotes, ni la reine Victoria.
Le mardi gras, quand on est athé, ça n’a plus de sens. L’halloween, c’est pour les kids… c’est amusant.
brem
Eul Bla affirme:
Le 18 octobre 2005 à 19:00
Moi je trouve que l’action de grâce c’est poche.
brem affirme:
Le 18 octobre 2005 à 23:38
Au moins tu travailles pas ce jour là, bla!
brem
jerome affirme:
Le 19 octobre 2005 à 0:30
J’aime le commentaire de Bla, moi.
Marylin affirme:
Le 19 octobre 2005 à 13:13
La fête de Dollar est moins poche que l’Action de Grâces parce que généralement il fait beau alors on peut en profiter pour aller dehors.
jerome affirme:
Le 19 octobre 2005 à 15:05
Dehors, ce n’est pas une notion très bien ancrée chez moi.
MontFaucon affirme:
Le 23 octobre 2005 à 12:57
Sans en faire une fête familiale, pourquoi pas faire une fête entre amis, de cette façon, Carrianne retrouverait sa fete et moi un party de plus !!!
Sébass