22 octobre 2005

Saints-Martyrs-des-Damnés

Le 22 octobre 2005, à 20:52. Classement: Cinéma

Saints-Martyrs-des-Damnés est un film d’horreur Québécois dont le style se situe à mi-chemin entre celui de Sur le Seuil et de C.R.A.Z.Y. ou Maelström: c’est un thriller psychologique avec des éléments surnaturels et, en même temps, un film d’ambiance cinématographique. Ce mélange était à l’origine des succès de The Ring (Le Cercle) ou de Shining, pour ne nommer que quelques exemples. Il réussit très bien ici aussi.

Le film met en vedette Flavien Juste (François Chénier), reporter pour un journal à ragots. Il écrit au jour le jour des articles sur les enlèvements par les extra-terrestres ou les femmes à trois seins. Sa vie est elle-même ponctuée d’événement insolites: il se réveille le matin dans son auto sans savoir comment il a fait pour se rendre où il est; il a des visions effrayantes et inexpliquables; un homme dans la vingtaine, il souffre déjà d’arthrite. Lorsque le film commence, Flavien rencontre Raoul (Pierre Collin), son père adoptif et son patron au journal. Raoul veut un article sur Saints-Martyrs-des-Damnés, un petit village où, selon ce qu’il dit, ceux qui entrent disparaissent mystérieusement. C’est un mystère inexpliqué.

Flavien part avec Armand (Patrice Robitaille), son ami et confrère. Ils arrivent en plein milieu de la nuit (bien sûr) et découvrent un village isolé, mystérieux, quasi-abandonné. Ils entendent des sons étranges et la population se cache derrière les fenêtres, apparemment effrayée par leur présence. Quand ils finissent par rencontrer la population, le mystère s’amplifie. À l’hôtel, les deux tenancières aux cheveux gris sont soeurs et s’appellent toutes deux Malvina, comme leur mère d’ailleurs. Certaines personnes qui devraient les connaître disent ne jamais avoir entendu parler d’eux. Le gagagiste porte constamment un masque pour cacher son visage. Et j’en passe.

Il serait facile de trop révéler de l’histoire de Saints-Martyrs-des-Damnés: une bonne partie du plaisir que l’on peut retirer de se film est en étant constamment surpris par l’étrangeté de ce qui arrive. Mais il suffit de dire que nous retrouvons dans Saints-Martyrs-des-Damnés un véritable zoo de personnages mystérieux, renfermés, eccentriques et hostiles qui crée un milieu remarquable pour l’intrigue. Le scénario et solide et les acteurs livrent de très belles performances. François Chénier nous fait découvrir un personnage ambivalent de force et de faiblesse et même les petits rôles (je pense à la femme qui danse dans un bar ou au commis du dépanneur) réussissent à laisser leur marque sur le film.

Quiconque s’occupait des emplacements a fait un travail formidable: lorsque Flavien et Armand décident de faire le plein d’essence, ils visitent un garage en état de désuétude complète. Tout est rouillé, usé, empoussiéré. L’hôtel où ils restent a, lui, un genre kitsch semi-abandonné remarquable. En plus, le réalisateur joue avec le contraste et les couleurs pour créer son ambiance. Presque tout est gris, brun, ocre, empoussiéré, terne, indistinct. Il y a même plusieurs ciels qui sont carrément en noir et blanc et ce qu’il y a de formidable là-dedans, c’est que le reste est tellement terne que ça reste relativement discret. Cette utilisation des espaces, des lieux et des couleurs donne une très bonne ambiance au film.

Les quinze dernières minutes de Saints-Martyrs-des-Damnés tournent autour de la résolution des énigmes et traitent du dénouement, offrent une fin définitive à l’histoire. Elles sont les plus faibles. Souvent, quand un film nous montre un mystère surnaturel aussi profond, aucune explication ne saurait satisfaire les attentes créées. C’est le cas ici. Et il y a tellement de scènes bizarres que n’importe qui trouvera que tel ou tel élément était de trop. Il y a une scène de nudité avec Isabelle Blais, par exemple — et je ne pensais jamais avoir à dire ça de ma vie –, dont je me serais personnellement passé. Mais dans l’ensemble, Robin Aubert nous livre ici un très bon premier long métrage.

Mise à jour: La première version de cette critique était très mal écrite. Quelqu’un me l’a fait remarquer. Merci.

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