31 octobre 2005

The Woodsman (La Peur du Loup)

Le 31 octobre 2005, à 21:14. Classement: Cinéma

The Woodsman (La Peur du Loup) est un projet risqué pour son producteur, Lee Daniels (Monster’s Ball). Il raconte l’histoire de Walter (Kevin Bacon). Walter a fait douze ans de prison pour un crime que, au début du film, nous ne connaissons pas. Il vient de sortir de prison, doit se trouver du travail et ré-intégrer la société. Les annonces ne révèlent pas quel crime il a commis, alors si vous ne le savez pas et préférez préserver la surprise, arrêtez de lire ici. Mais sachez que c’est un film que vous pourriez trouver difficile.

Walter est un pédophile et il a agressé sexuellement des jeunes filles et n’est pas “guéri”: il nourrit toujours les mêmes désirs. Walter souhaiterait être normal et sait que s’il récidive, il retournera en prison pour toujours. Ce film aurait facilement pu déraper: soit nous montrer une espèce d’apologie rosée du système de libérations conditionnelles, soit un petit film rassurant qui nous montre un homme méchant et sa punition. The Woodsman évite ces deux pôles: il nous montre un pédophile et nous laisse décider nous-mêmes ce que nous pensons de lui et du système qui lui donne une seconde chance. C’est troublant; c’est aussi très efficace.

Walter se trouve immédiatement du travail dans une scierie. Le propriétaire lui dit qu’il l’aide seulement en souvenir de son père. Walter est distant, ne semble pas vouloir faire connaissance avec ses nouveaux confrères. Mais deux femmes croisent son chemin. Il y a d’abord Mary-Kay (Eve), l’élégante réceptionniste, qui semble attirée par Walter et son passé de criminel. Il y a ensuite Vicki (Kyra Sedgwick), une opératrice de machinerie lourde avec beaucoup de caractère. Walter les repousse initialement toutes deux. Mais Vicki, qui semble sentir une gentillesse en Walter, insiste: elle lui montre une ouverture qui finit par passer outre les réticences de Walter. Et elle entreprend avec lui une relation amoureuse.

The Woodsman nous montre bien sûr un homme face à un monde qui le déteste. Il y a d’abord l’agent de probation (joué impeccablement par Mos Def), qui semble visiter Walter seulement pour l’intimider. Il y a aussi Mary-Kay qui, devenant jalouse, poursuit sa petite enquête, et décide de causer de lui empoisonner la vie. Mais Walter fait aussi face à ses propres démons. Malgré ses efforts, il ne semble pas à l’aise dans sa relation avec Vicki. Et il y a les enfants: Walter passe des heures à regarder de jeunes filles jouer dans une cour d’école, en suit parfois discrètement pour les observer. Il en rencontre la petite Robin et parle avec elle dans un parc. Je ne révélerai pas ce qui leur arrive sauf pour dire que la pédophilie de Walter est au coeur du film.

À Tout le Monde en Parle, récemment, le polémiste et réalisateur Pierre Falardeau parlait du massacre de l’École Polytechnique avec l’écrivaine féministe Hélène Pedneault. Falardeau disait que le film sur le massacre n’avait pas été fait. “Qu’est-ce qu’il y a eu dans la tête de ce gars-là pour qu’il se rende à ça? Ce n’est pas pour l’excuser.” Pedneault a poursuivi: “Ce n’est pas suffisant de dire ‘Marc Lépine est un fou.’ Cela ne règle rien. Et on n’a rien dit quand on a dit ça.” The Woodsman (La Peur du Loup) approche la question du pédophile avec le même sérieux. Nous n’avions pas vu ce personnage-là avant.

Le scénario et la direction sont absolument magnifiques et le jeu des acteurs est discret, subtil, nuancé et parfaitement crédible. La réalisatrice Nicole Kesser signe ici son premier long-métrage. Espérons que ce ne sera pas son dernier.

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