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L’esprit d’équipe

Au conseil national du Parti Québécois (PQ), le 7 septembre 2002, un événement m’a frappé. Le premier ministre Bernard Landry a félicité le ministre Joseph Facal pour sa lettre ouverte, publiée la veille dans le journal La Presse. Ce mot d’encouragement a soulagé les militants, et il vaut la peine de s’y arrêter.

Joseph Facal n’a pas toujours eu droit à une telle gratitude pour ses interventions. Au début de l’été, suite aux élections partielles désastreuses pour le PQ, le ministre avait fait une sortie remarqué: il avait demandé un renouvellement du programme de son parti pour mettre la classe moyenne au centre des préoccupations et renouveler le « modèle québécois ». La sortie semblait impulsive et improvisée, et comprenait des critiques mordantes. Le premier ministre n’a donc pas tardé à rabrouer son ministre.

Or, le contenu de la lettre ouverte ne tranche pas de façon si claire avec la sortie. Bien sûr, le ministre emploie un ton beaucoup plus modéré et ne semble plus faire une charge contre son parti, mais la question de fond demeure la même: comment adapter l’état québécois et le PQ aux nouvelles réalités sociales? Nous devons donc comprendre que l’altercation du début de l’été découlait d’abord et avant tout d’un problème de communication.

Ce problème de communication semble généralisé. Malgré l’urgence d’agir pour le PQ, bien peu de députés ou ministres se risquent monter des attaques audacieuses contre l’ADQ. Le ministre Rosaire Bertrand a bien fait figure d’exception: lors du caucus tenu à la fin de l’été dans Charlevoix, il a affirmé que le Québec risquerait une décote fiscale si jamais l’ADQ prenait le pouvoir, commentaire inapproprié pour lequel il a lui aussi été rabroué.

Le PQ se retrouve ainsi dans la situation particulière où ses élus
des gens qui ont prouvé, en théorie, leur capacité de faire campagne –ne savent de toute évidence pas quelles lignes tenir et se retiennent en conséquence de parler pour leur parti. C’est là un problème majeur pour le PQ, que le conseil national n’aura pas réglé à lui seul, malgré son bilan positif par ailleurs.

Tel que prévu, le premier ministre s’est engagé à réaliser la souveraineté lors du prochain mandat. Étant donné que le parti a quinze points de moins dans les sondages que l’option souverainiste, personne ne s’attendait à autre chose. Cet engagement devrait permettre au PQ de récupérer certains souverainistes déçus qui ont passé à l’ADQ. En plus, cela ne coûtera rien au PQ du côté des fédéralistes modérés, qui ont tous quitté le navire depuis quelque temps déjà. Mais dans le contexte politique actuel, l’engagement souverainiste ne remportera pas à lui seul les prochaines élections, loin de là.

Sans doute conscient de ce fait, le premier ministre a aussi présenté des initiatives de tout autre ordre. Son discours présentait plusieurs priorités, dont le plein emploi, le développement de la richesse par la stimulation des exportations et l’exploitation du potentiel en production électrique de la province, une réforme de l’école secondaire axée sur l’implication para-scolaire, la bonification de la politique familiale et le virage « citoyen d’abord » de la fonction publique.

Mais pour le moment, les engagements vont du vague au très nébuleux. Seule la réforme de l’école secondaire est plus détaillée, en partie parce que le ministre de l’éducation en parle depuis quelque temps déjà. Le virage « citoyen d’abord » serait du type à plaire à la population, mais le premier ministre n’a fait mention d’aucune mesure concrète. Et en termes de politique régionale, le discours révèle seulement que le premier ministre aimerait bien améliorer la situation. Quant au sujet chaud du fardeau fiscal de la population, le premier ministre a seulement parlé des réductions qui ont déjà eu lieu.

Il ne faut donc pas se surprendre si le seul aspect du discours qui ait marqué les médias soit l’engagement à la souveraineté. Pour que les autres aspects se rendent dans les journaux, deux choses devront se produire: d’abord, le premier ministre devra voir à préciser sa position et s’engager plus clairement; ensuite, il devra s’assurer que les problèmes de communication disparaissent. Si les députés et ministres ne sont pas en mesure de parler librement et habilement de la nouvelle plate-forme, le parti risque de se retrouver au printemps devant un électorat insatisfait avec un programme que personne ne connaît.

                                                                                                                        
Nouvelles de Jérôme Loisel
Mars 2002 Ma maîtrise avance
Février 2002 Nouvelle installation pour le site
Mai 2001 Traduction, translation
Avril 2001 Nouvel ordinateur
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