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La bonne gouvernance

Le mois dernier, le chef du Parti Libéral du Québec (PLQ) Jean Charest a présenté le programme le plus précis et complet des trois partis politiques québécois. Les membres du PLQ se sont rencontrés pour leur conseil général et ont voté leur approbation aux grandes orientations, espérant sans doute redonner un peu de souffle à leur parti. Mais encore faut-il que la population soit réceptive au type de programme présenté. Elle ne le semble pas.

Jean Charest se trouve dans une situation difficile, inattendue. Dans un système démocratique à deux partis, comme le nôtre l’était – à toute fin pratique – jusqu’à cette année, l’opposition officielle n’a pas à s’inquiéter. Tôt ou tard, le parti au pouvoir finit par irriter la population et perdre une élection. L’opposition n’a même pas besoin de se démarquer. Elle a seulement besoin de s’opposer efficacement, de créer le mécontentement.

Pour cette raison, Jean Charest devait vibrer d’optimisme l’an dernier à pareille date. Il avait réussi à bien capitaliser sur les erreurs du Parti Québécois (PQ) et l’insatisfaction populaire montait significativement. Le pouvoir allait lui tomber entre les mains. Depuis, l’Action Démocratique du Québec (ADQ) a enfin réussi à faire sa percée, ce qui a bouleversé la dynamique. Un électeur qui veut défaire le PQ a maintenant peut maintenant choisir son parti. Le PLQ ne peut plus se contenter de s’opposer, il doit se poser comme le meilleur des trois partis.

Le nouveau programme – rattaché au slogan « réinventer le Québec » – est une initiative en ce sens. Pour la première fois depuis les dernières élections, le PLQ présente un plan clair: un état allégé, efficace, recentré sur le citoyen et un nombre restreint de préoccupations. Le PLQ gèlerait les budgets de tous les ministères sauf ceux de la santé et de l’éducation. L’argent épargné servirait à financer des baisses d’impôt massives, qui aligneraient le Québec sur le niveau d’imposition moyen au Canada, en autant que les autres provinces n'annoncent pas elles aussi des réductions.

Le PLQ propose de soulager le système de santé en augmentant le nombre d’infirmières et de médecins, en ouvrant de nouveaux lits et en faisant appel au privé lorsque c’est nécessaire, toujours dans le cadre d’un système public universel. Il propose de « lutter contre le décrochage », ce qui ne surprendra personne, et de réinvestir dans l’éducation universitaire. Il prévoit aussi amorcer un virage « citoyen d’abord » dans la fonction publique. Le chef prend enfin la peine de mentionner qu’il promet « un gouvernement intègre et transparent », ce qui apparemment ne va pas de soi.

En somme – et je saute bien des détails –, Jean Charest ne propose pas un Québec véritablement « réinventé », mais plutôt un Québec mieux géré, mieux gouverné. Son approche s’apparente à celle de Lucien Bouchard lors des dernières élections générales : le fameux « J’ai confiance », qui ne promet pas un changement radical, simplement une bonne gouvernance. Malheureusement pour le PLQ, la population ne semble plus s’intéresser à cette question.

La chute du PQ en témoigne d’une façon éloquente. Après tout, la majorité des commentateurs s’entendent pour dire que, en ce qui concerne la gouvernance, le PQ a fait du bon travail: atteinte du déficit zéro, baisses d’impôt, quelques mesures sociales (comme les garderies à 5 dollars), tout cela à travers d’énormes coupures du gouvernement fédéral. Or, la population ne semble pas s'en émouvoir. Le PQ est actuellement au dernier rang des intentions de vote.

La montée de l'ADQ en témoigne aussi: ce parti propose des réformes majeures, souvent pour des raisons davantage idéologiques que pratiques, comme dans le cas des bons d’éducation. Mario Dumont parle de baisser les impôts, de payer la dette et de réformer le système de santé, mais impossible de savoir la répartition des montants alloués à ces initiatives ou le calendrier que le chef se propose. Pourtant, la formation adéquiste est bonne première dans les sondages. La population semble donc s'intéresser beaucoup plus aux questions idéologiques de vision qu'aux simples mesures de gestion.

Si jamais l'électorat reprend goût pour le mélange de réformes graduelles et de saine gestion que le PLQ propose, Jean Charest pourrait tirer grand profit de son nouveau programme. Il doit l’espérer, car une défaite lors des prochaines élections générales pourrait très bien signaler la fin de sa carrière politique. Mais pour le moment, tout parti qui veut gagner du terrain doit prouver qu’il a une vision d’un Québec nouveau et différent. Et malgré le nouveau slogan, le programme du PLQ ne va pas très loin en ce sens.

                                                                                                                        
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