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Le pouvoir de l’indécision

Cela devient un lieu commun: l’année 2002 a bouleversé le climat politique québécois. Le Parti Québécois, après huit années de pouvoir plutôt musclé, fait face à un électorat à la fois satisfait et mécontent. Jean Charest ne réussit pas à profiter de la grogne publique et se fait doubler par l’Action Démocratique du Québec dirigé par Mario Dumont. Le paysage politique change.

Mais ce changement est-il durable? Ces données font-elles nécessairement de 2002 une année charnière? En fait, tout dépend de 2003, l’année électorale. Si l’ADQ ne transforme pas sa percée en un véritable pouvoir politique, l’histoire retiendra les récents soubresauts de l’opinion publique comme une anecdote intéressante. Ce qui compte, c’est l’année à venir.

Or, l’ADQ n’a pas affiché une montée constante. Après des gains considérables au début de l’été, la formation a reculé graduellement durant l’automne. Maintenant elle se retrouverait légèrement derrière le PLQ. Le dernier sondage de CROP la place nez-à-nez avec les trois autres options majeures: le PQ de Bernard Landry, les libéraux de Jean Charest et les fameux indécis. Le cas est amusant: si « Indécis » apparaissait sur les bulletins de vote, cette option aurait autant de chances de l’emporter que n’importe quel parti. Le vote finire bien par se concentrer, mais dans quel sens? Qui va prendre les devants, et aux dépends de quel autre parti?

Le PLQ ne devrait pas de perdre beaucoup de votes dans les prochains mois. Une grande partie de ses appuis lui vient des communautés anglophone et allophones, qui ne changeront pas d’allégeance demain. Et pour que les libéraux reculent davantage chez les francophones, il faudrait que Jean Charest se mette vraiment les pieds dans les plats, ce qui est peu probable. Comme Chantal Hébert a déjà dit en ondes, « Jean Charest n’est peut-être pas très bon, mais il n’est pas un désastre ambulant ».

L’ADQ pourrait encore reculer. Ce jeune parti n’a pas encore les reins aussi solides que les deux autres et il n’a pas l’avantage de l’exclusivité sur une communauté culturelle. Par contre, c’est un parti idéologique aux politiques bien tranchées qui plaît à un bon segment de la population. Il est certain que l’ADQ, malgré sa jeunesse, a maintenant ses fidèles qui ne la quitteront pas. L’ADQ reculera seulement si Mario Dumont ne réussit pas à cimenter l’intérêt populaire pour son parti et son programme.

Le PQ a probablement le vote le plus volatile en ce moment. Ce parti a des assises presque aussi solides que le PLQ, mais l’usure du pouvoir a fait son travail. Une bonne partie de la population veut un changement, et le PQ est le seul parti à ne pas proposer – en-dehors de la souveraineté – une révolution sociale. De plus, Bernard Landry est certainement des trois chefs celui qui a le plus tendance à faire des gaffes, ce qui n’aide jamais une campagne.

Mais la lutte la plus importante se fera pour gagner les indécis. Pour le moment, ceux-ci détiennent les votes capitaux. Pour qui vont-ils voter? Vers qui vont-ils aller ou retourner? Ces électeurs détiennent la clé des prochaines élections.

En général, les indécis votent aux trois quarts pour le statut quo social. Cela veut dire « non » dans un référendum. Lors d’élections générales, cela veut habituellement dire « PLQ », étant donné, d’une part, l’attachement traditionnel de ce parti au Québec de la révolution tranquille et, d’autre part, la réticence populaire devant l’option souverainiste du PQ.

Mais cette année, le PLQ veut « réinventer » le Québec. En plus, après deux référendums, l’article un du programme péquiste fait de moins en moins peur. Il semble que dans le contexte actuel, le seul parti véritablement conservateur soit le Parti Québécois. Si les indécis perçoivent la chose ainsi, le PQ récoltera à la dernière minute le vote du statut quo… ce qui brouillerait les cartes davantage.

En attendant, rien n’est certain et tout ce que nous savons, c’est que l’électorat change presque aussi vite que les partis. À quelques mois des élections, nous avons moins de certitudes qu’à toute date en 2002. Ah! le pouvoir de l’indécision.

                                                                                                                        
Nouvelles de Jérôme Loisel
Mars 2002 Ma maîtrise avance
Février 2002 Nouvelle installation pour le site
Mai 2001 Traduction, translation
Avril 2001 Nouvel ordinateur
Mars 2001 Bienvenue aux universitaires


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