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Changement de capUn parti bien établi peut-il changer? Voilà une question que se posent beaucoup d’électeurs dans les temps qui courent. Le goût du changement sous toutes ses formes explique en partie la montée de l’Action Démocratique du Québec (ADQ) à l’été. Cet appui semble avoir fondu dernièrement, mais seulement au profit de l’indécision. Les partis savent donc qu’ils doivent proposer un changement… qui aura un intérêt durable pour la population. Durant la dernière année, le Parti Québécois (PQ) a été rudement confronté à cette réalité. Après les élections partielles du printemps dernier, le premier ministre Bernard Landry a affirmé (comme Jean Charest, d’ailleurs) qu’il avait compris le message que lui envoyait la population. Il a « entamé une réflexion ». Au conseil national de septembre dernier, nous avons vu les premiers résultats de cette réflexion. Le premier ministre a présenté « Horizon 2005 », son plan d’action pour les « mille jours » à venir. Ses engagements se résumaient à une réforme de l’école secondaire, l’atteinte du plein emploi, une amélioration du système de santé et l’atteinte de la souveraineté. Hormis la réforme de l’école secondaire (encore à l’état de projet), ces promesses ont eu peu d’impact sur les intentions de vote. Personne n’a été surpris d’apprendre que le PQ souhaite réaliser un jour la souveraineté. Quant au plein emploi ou à la santé, cela ne distingue pas le PQ des deux autres partis. Bien sûr, la bonne feuille de route économique du gouvernement lui donne une certaine crédibilité en la matière, mais tous les partis tenteront de favoriser la croissance économique et la santé. On ne peut être contre la vertu. Mais le problème principal avec « Horizon 2005 » était le manque de nouveauté. Depuis 1995, le PQ se caractérise par un parti idéologiquement social-démocrate, mais qui gouverne de façon fiscalement conservatrice : gel des dépenses ou coupures, atteinte et maintien du déficit zéro, baisses d’impôt, mesures pour stimuler l’économie, etc. Alors « Horizon 2005 » s’inscrivait bien davantage dans la continuité que dans le changement. Au début du mois, le parti s’est encore une fois réuni pour un conseil national. Le premier ministre y a annoncé de nouvelles directions, qui ont fait sursauter tellement elles divergeaient d’« Horizon 2005 ». La nouvelle priorité est la conciliation famille-travail. Le PQ propose surtout de monter à trois le nombre de semaines de congés payés. Il propose aussi de permettre à tout travailleur s’occupant d’un enfant de moins de douze ans ou d’un proche de prendre une journée par semaine de congé sans solde, sans perte d’avantages sociaux. Ce faisant, le PQ revient clairement vers la gauche. Certes, la semaine de quatre jours vise surtout la classe moyenne, les moins fortunés ne pouvant se permettre de perdre 20% de leur salaire. Mais la troisième semaine de congés vise spécifiquement les moins fortunés, qui ont rarement les conditions de travail des employés de la fonction publique, par exemple. Ce retour vers la gauche est un changement de cap. Le PQ avait bien adopté des mesures relevant de la social-démocratie ou du nébuleux « progressisme », mais ces mesures ne présentaient en général aucun impact négatif sur l’économie. C’est le cas notamment de la reconnaissance de l’union civile pour couples homosexuels. Quant aux fameuses garderies à cinq dollars, elles permettent à de nombreux parents de réintégrer le marché du travail. Nous pouvons donc croire que les électeurs auront un véritable choix aux prochaines élections. Chaque parti propose maintenant un projet de changement social. Cela ne peut être que bon pour la démocratie. Maintenant que tous les partis peuvent se targuer d’avoir des idées « nouvelles », nous pourrons sortir du débat creux sur l’âge de ces idées pour se préoccuper de leur qualité. |
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fin
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