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Réinventer le changementLe chef d'un parti politique tente invariablement de remporter ses élections. Parfois, cette responsabilité du chef entre en conflit avec une autre, celle de promouvoir et défendre les idées de son parti. Pensons au Parti Québécois (PQ), pour qui la souveraineté a déjà été un boulet électoral. Mais pensons surtout à l'Action Démocratique du Québec (ADQ), qui vient encore une fois de bouleverser son programme. Dans une entrevue accordée à La presse et publiée samedi dernier, Mario Dumont a annoncé que la fameuse idée du taux d'imposition unique était mise de côté pour le moment. Il a ajouté que son parti allait proposer des baisses d'impôt à la population, mais moins élevées que celles promises par le Parti Libéral du Québec (PLQ). Pour les élections, Mario Dumont compte maintenant mettre l'accent sur la réduction de la dette. Le PQ et le PLQ critiquent fréquemment l'ADQ de changer trop souvent son programme. Jusqu'à maintenant, les analystes n'ont pas abondé en ce sens. Aucun programme de parti n'est totalement fixe ou ne devrait l'être. L'ADQ est encore jeune et se trouve pour la première fois devant la possibilité de former le prochain gouvernement. Il faut s'attendre à des ajustements. Par contre, ce revirement passe difficilement pour un simple ajustement. La taux d'imposition unique était au centre de la politique fiscale adéquiste depuis plusieurs années. La mesure permettait, en théorie, d'atteindre de nombreux objectifs du parti: soulager la classe moyenne, simplifier l'état, mettre fin aux « abris fiscaux », etc. Mario Dumont dit avoir avoir discuté avec plusieurs économistes réputés. La conclusion: le taux d'imposition unique n'est pas réalisable au Québec, au moins pour le moment. Il a donc décidé de mettre cette de côté cette proposition, la plus populaire du parti. Le chef a fait preuve de maturité politique, mais le revirement soulève de nombreux problèmes. Pour le moment, l'ADQ n'a pas de proposition de rechange qui règlerait les mêmes problèmes que le taux d'imposition unique. Les adéquistes devront en élaborer une, ce qui prend nécessairement du temps. À quelques semaines seulement du déclenchement probable des élections, est-ce encore possible? Le résultat aurait-il de la crédibilité? Une seule chose est sûre, le moment semble mal choisi pour revoir le programme. Le même problème tenaille l'ADQ pour son programme en santé. Il y a un an, le parti proposait de permettre à ceux qui ont les moyens de payer pour obtenir des soins se santé plus rapidement. Cette mesure aurait probablement contrevenu à la loi fédérale et elle a évolué: ceux qui veulent un service plus rapide payeraient seulement les frais « accessoires »: personnel de soutien, utilisation de l'équipement, location de chambre, etc. Cette forme d'association entre le public et le privé définissait la plate-forme adéquiste depuis plusieurs mois. Le semaine dernière, la porte-parole de l'ADQ en matière de santé a annoncé que l'ADQ envisageait sérieusement de préserver la gratuité pour tous. Le secteur public ferait appel aux cliniques privées, mais le gouvernement couvrirait tous les frais. Ou encore le gouvernement s'occuperait seulement des factures des moins fortunés. Ou encore tous ceux qui veulent un traitement prioritaire devraient éponger leur propre facture. Ce n'est pas encore décidé. Bien sûr, l'ADQ accueille maintenant un grand nombre de nouveaux membres et de nouveaux candidats, qui ont tous et toutes leurs idées propres. De nombreux débats auront lieu, même sur les points centraux du programme, mais ils doivent se conclure avant le déclenchement des élections. En hissant le parti de Mario Dumont à la tête des sondages, la population a démontré qu'elle avait le goût du changement. Mais je doute qu'elle cherche l'incertitude. Le chef de l'ADQ doit s'assurer que ce n'est pas ce qu'il propose. |
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fin
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