24 novembre 2005
Veuillez nous excuser de ce petit momentané
Les visiteurs réguliers de mon site ont récemment eu droit à un entracte. La fin de session approchait, j’avais plein d’étudiants à voir et j’ai eu quelques trucs à faire sur divers sites web. Alors je n’ai pas eu le temps de publier. Mais ça vient de finir: j’ai aujourd’hui ma première journée de semaine à la maison depuis… des mois. Alors je vais recommencer à publier. Un grand merci à mes lecteurs et lectrices pour votre patience.
13 novembre 2005
Bienvenue aux visiteurs de Cyberpresse et de Radio-Canada
Une grosse semaine pour ce petit site: mercredi dernier, un article de la Presse a mentionné mon site et cité un de mes articles. Vendredi, c’était le tour de Bruno Guglielminetti, à Radio-Canada: il m’a mis dans ses trois blogues de la semaine et vient de me mentionner à Radio-Canada. Alors bienvenue à tous ceux et celles qui arrivent ici par ces mentions-là.
Je publie ici principalement trois catégories de textes: des articles d’actualité ou de politique (incluant mes éditoriaux), des critiques de film, et des anecdotes intéressantes qui me sont arrivées (voyez ça comme un recueil de nouvelles auto-biographiques). J’espère que vous aimerez.
(C’est la première fois que je me faisais mentionner dans un grand média, alors je suis fou comme un balai. Fou comme un balai.)
11 novembre 2005
Suivi de mon étudiante
Récemment, j’ai raconté ici l’histoire d’une de mes étudiantes qui traverse une épreuve difficile: sa mère est atteinte d’un cancer inopérable. L’étudiante n’a déjà plus de père et elle se retrouvera donc orpheline. Cela m’avait beaucoup ému et je n’avais pas su quoi dire. Je l’ai revue deux fois depuis et je me suis dit que je pourrais vous donner une petite mise à jour.
La semaine dernière, j’espérais qu’elle arriverait avant les autres… ou au moins qu’elle partirait un peu plus tard. Je n’étais plus sous le choc et je me disais que je serais capable de lui dire quelques mots sans bafouiller comme un imbécile. Malheureusement, elle est arrivée après tout le monde. J’ai parlé avec les jeunes, j’ai donné mon cours et, à la fin, elle a encore une fois pris un peu plus de temps que les autres avant de quitter la salle. Alors je lui ai demandé directement comment elle allait.
Je n’entrerai pas dans les détails, mais nous avons parlé de sa mère et j’ai senti qu’il n’y avait pas de malaise. Je me sens beaucoup mieux par rapport à mon rôle dans cette histoire, maintenant. Je ne suis ni son psy, ni son ami… mais j’ai réussi à avoir avec elle une conversation normale et à lui exprimer un peu d’humanité. Je ne demandais pas plus.
Cette semaine, quand j’ai demandé aux étudiantes comment elles allaient, celle-là nous a conté les derniers développements avec sa mère. Les autres lui ont aussi posé quelques questions. C’était très décontracté et respectueux. Je pense qu’elle est contente de pouvoir parler de ce qui lui arrive. Il n’y a pas à dire, je l’ai, l’affaire.
8 novembre 2005
Le Kansas enseignera “intelligent design”
J’ai déjà parlé ici de la “théorie” appelée “intelligent design”: c’est la nouvelle forme donnée au créationisme par la droite religieuse. Ils disent maintenant que c’est une science. La logique va grosso modo comme suit: étant donné que la science en général et la théorie de l’évolution en particulier n’a pas la réponse à tout, un être supérieur a mis la main à la pâte non seulement pour créer l’univers, mais aussi pour faire évoluer les espèces. Et la droite religieuse veut que cette “théorie” soit enseignée non pas dans les cours de religion, mais dans les cours de sciences.
Eh bien au Kansas, la droite vient de gagner. Le “board of education” a approuvé l’enseignement de la “théorie” dans les cours de sciences. Ah, et ils ont décidé de redéfinir la science. Là-bas, ce n’est plus de trouver des explications naturelles aux phénomènes. Il y a un article sur MSNBC. La guerre des cultures se poursuit. Mise à jour: Incidemment, le Vatican rejette “intelligent design”. Quelqu’un m’a envoyé le lien aujourd’hui. Plus catholique que le pape, comme on dit. Sauf qu’ils sont probablement protestants.
Pauline Marois propose de nationaliser l’éolien
La course au leadership du Parti Québécois (PQ) tire à sa fin. Voici mon bilan préliminaire: à peu près tous les candidats ont déjà fumé du pot et trouvent que c’est important de le mentionner aux médias. André Boisclair refuse honnêtement et en toute transparence de répondre aux questions sur sa consommation de cocaïne (mais pas calmement, n’en demandons pas trop). Et Pauline Marois trouve les Québécois sexistes. Mais Mme Marois vient de lancer une salve qui, pour une fois, parle de politique et de gouvernance: si elle est élue, elle prévoit créer Éole Québec pour nationaliser l’électricité éolienne. Elle veut investir 13,7 milliards sur dix ans pour amener la production énergétique éolienne à 10 000MWH par an.
Par ce plan, elle espère redonner au Québec son indépendance énergétique (elle souligne que nous devons parfois importer de l’électricité pour subvenir à la demande) et ramener le Québec vers les énergies vertes. Elle espère aussi l’enrichir: pour la même période de dix ans, elle pense pouvoir récupérer 3 milliards en recettes sur la production et un autre 3,7 milliards en recettes fiscales. Son plan prévoit aussi un engagement accru pour l’efficacité énergétique et la création d’un “fonds vert” d’investissement dans le développement écologique et durable dans les régions du Québec.
Pauline Marois présente le plan sur son site, où on peut télécharger un mémoire d’une dizaine de pages. Outre la source d’énergie, il y aurait une grande différence entre Éole Québec et Hydro-Québec: l’absence du trait d’union. Des études préliminaires estiment que cela pourrait entraîner des économies de l’ordre de 4,2% en encre seulement pour l’impression des logos. Certains détails demeurent flous, du moins pour moi: je n’ai pas réussi à savoir si Éole Québec serait une filiale d’Hydro-Québec ou un organisme indépendant, par exemple. Et je ne sais pas qui payerait pour le développement: le gouvernement du Québec directement (comment?) ou Hydro-Québec. Je dirais que son bureau n’a pas retourné mes appels, mais je n’ai pas appelé.
Le Ministre des Ressources naturelles du Québec Pierre Corbeil se montre sceptique face à l’optimisme de Mme Marois. Il rappelle que la production d’énergie éolienne est moins stable que la production hydro-électrique: “Il faut être raisonnable et responsable aussi. 10 000 mégawatts sur 40 000 mégawatts de production hydroélectrique installée et disponible, on est rendu à 25 pour cent dans l’éolien. Comment on va faire pour garantir la puissance?” Il prétend que pour développer l’éolien, il faut d’abord développer l’hydro-électrique. Mais à ma connaissance, le gouvernement du Parti Libéral du Québec (PLQ) n’a aucun plan de développement de la production hydro-électrique. Alors je ne suis pas très bien son raisonnement. De plus, faut-il le rappeler, le Danemark produit déjà 20% de son électricité grâce à l’éolien et continue de développer son réseau. Le ministre Corbeil n’a pas non plus retourné les appels que j’aurais pu lui faire.
Honnêtement, le manifeste de Pauline Marois sent très fort l’improvisation. Il y a des coquilles; elle fait référence au prix par “barrel” du pétrole brut et par “gal” de l’essence à la pompe. Elle propose de développer à 10 000MWH de production annuelle le réseau éolien mais ne semble pas se demander pourquoi 10 000 et non 7 000 ou 15 000. Je crois qu’en fin de campagne, elle a senti le besoin d’apporter quelque chose de nouveau pour faire mousser sa campagne. Attention: je ne dis pas que je m’oppose à son plan ou qu’elle n’y tient pas. Mais elle aurait vraiment dû le préparer plus tôt et le présenter beaucoup, beaucoup plus tôt. C’est exactement de ce genre de documents dont la campagne a grandement manqué.
3 novembre 2005
Sondage CRIC sur le Canada
La Presse Canadienne a dévoilé le 25 octobre les résultats d’un sondage commandé par le Centre de recherche et d’information sur le Canada (CRIC). Le sondage révèle entre autres que les Canadiens et les Québécois semblent préférer, en général, les gouvernements minoritaires. Le sondage fait aussi le point sur la souveraineté.
L’appui à l’indépendance du Québec demeure toutefois élevé: 49 % des répondants se disent en faveur de la souveraineté-partenariat, soit le même résultat que l’an dernier. Quand on évoque le scénario plus spécifique d’un «pays indépendant» avec possibilité de libre-échange avec le Canada, l’appui baisse à 40 %. Sans libre-échange, on parle de 34 %.
Les Québécois, dans une proportion de 71 %, restent toutefois attachés, voire «très attachés» au Canada. Mais un pourcentage encore plus élevé d’entre eux, 93 %, se disent attachés ou «très attachés» au Québec. Il reste que tout juste 19 % des Québécois se définissent «uniquement» comme tel, la plupart ne voulant pas renier leur identité canadienne.
J’adore voir des données comme celles-là. Elles permettent de prendre le réel pouls de la population. Ça donne beaucoup, beaucoup plus d’informations que les sondages qui donnent seulement l’appui à la question de 1995.
2 novembre 2005
Honda teste une voiture à l’hydrogène
La conpagnie Honda semble pousser très fort les nouvelles technologies pour offrir des véhicules plus écologiques. Elle a été la première à commercialiser des véhicules hybrides, par exemple. Aujourd’hui, on apprend qu’elle a mis sur les routes un prototype de voiture qui fonctionne avec des piles à hydrogène. On parle de voiture qui roulent à l’hydrogène depuis des années. Le problème avec ce combustible, c’est le transport: l’hydrogène est très dangereux. Les piles sont censées permettre d’en transporter de bonnes quantités sans grand danger.
La technologie existe depuis des années. Ce qui est difficile, si je comprends bien, c’est l’inginérie: concevoir un véhicule qui intègre bien la technologie et que l’on peut commercialiser à un prix raisonnable. Dans le cas des véhicules à hydrogène, il y a en plus le problème de la distribution du combustible: on peut acheter de l’essence partour en Amérique du Nord. Pour le moment, pour l’hydrogène, il n’y a pas de réseau de distribution. Cela étant dit, en lisant l’article, on voit que Honda fait des efforts sérieux: l’auto qu’ils ont conçue est entre les mains d’une vraie famille qui l’utilise dans la vie de tous les jours.
Honda est une compagnie qui s’efforce constamment de rester à la fine pointe et, personnellement, je lui lève mon chapeau. Bon, je n’ai pas de chapeau. Mais si j’en avais un, je le lèverais… bien bas.
Entrevue avec Shigeru Miyamoto
BusinessWeek Online vient de publier une entrevue avec Shigeru Miyamoto (merci BoingBoing!). Miyamoto est le créateur de Mario et Zelda. C’est le génie derrière les plus grands succès de Nintendo et le concepteur de jeux vidéos le plus connu et le plus influent au monde. Je vois rarement des entrevues avec lui, mais c’est toujours un plaisir de les lire. L’entrevue est très courte, mais Miyamoto nous y livre ses pensées sur le passé et le futur des jeux vidéos, incluant la petite histoire de Mario.
Le rapport Gomery et Pour un Québec Solidaire
Aujourd’hui était une énorme journée médiatique pour le Québec. Il y avait d’abord la publication tant attendue du rapport Gomery. Cyberpresse maintient une page où elle recense tous ses articles dans le dossier et c’est un excellent point de départ pour quiconque veut se familiariser avec les conclusions du rapport ou les réactions qui l’entourent. On y trouve entre autres un article qui présente une liste de citations du rapport.
Un résumé très sommaire: le juge Gomery blâme le camp Chrétien. Il blâme Jean Chrétien pour avoir initié et gardé à son bureau la gestion d’un projet qui a tant dérapé. La responsabilité du chef, bref. Il blâme Jean Pelletier, son chef de cabinet, d’avoir mis en place des structures qui favorisaient les abus. Il blâme l’ancien Ministre Alphonso Gagliano. Il blâme finalement les hauts fonctionnaires du programme, les agences de publicité et la section Québec du Parti Libéral du Canada (PLC).
Le juge Gomery blanchit Paul Martin. Rien de ce qui a été dit durant les audiences ne le mettait en cause, selon le juge. Mais Gomery conclut à l’existence d’un système de ristournes qui envoyait de l’argent au PLC. Le Premier Ministre Paul Martin a réagi en expulsant à vie les principaux acteurs du scandale (sauf Jean Chrétien) et en ordonnant le remboursement de plus d’un million de dollars d’”argent sale”.
Finalement, des intellectuels et politiciens de gauche ont publié aujourd’hui un contre-mémoire au Pour un Québec Lucide de Lucien Bouchard. Le nouveau rapport s’intitule Pour un Québec Solidaire. Il aurait été rédigé principalement par Françoise David d’Option Citoyenne et affiche une trentaine de co-signataires. Il est disponible sur le site web du groupe. Le Devoir a déjà publié une analyse préliminaire. Je tenterai de faire de même bientôt. Ah, si j’avais plus de temps.
31 octobre 2005
The Woodsman (La Peur du Loup)
The Woodsman (La Peur du Loup) est un projet risqué pour son producteur, Lee Daniels (Monster’s Ball). Il raconte l’histoire de Walter (Kevin Bacon). Walter a fait douze ans de prison pour un crime que, au début du film, nous ne connaissons pas. Il vient de sortir de prison, doit se trouver du travail et ré-intégrer la société. Les annonces ne révèlent pas quel crime il a commis, alors si vous ne le savez pas et préférez préserver la surprise, arrêtez de lire ici. Mais sachez que c’est un film que vous pourriez trouver difficile.
Walter est un pédophile et il a agressé sexuellement des jeunes filles et n’est pas “guéri”: il nourrit toujours les mêmes désirs. Walter souhaiterait être normal et sait que s’il récidive, il retournera en prison pour toujours. Ce film aurait facilement pu déraper: soit nous montrer une espèce d’apologie rosée du système de libérations conditionnelles, soit un petit film rassurant qui nous montre un homme méchant et sa punition. The Woodsman évite ces deux pôles: il nous montre un pédophile et nous laisse décider nous-mêmes ce que nous pensons de lui et du système qui lui donne une seconde chance. C’est troublant; c’est aussi très efficace.
Walter se trouve immédiatement du travail dans une scierie. Le propriétaire lui dit qu’il l’aide seulement en souvenir de son père. Walter est distant, ne semble pas vouloir faire connaissance avec ses nouveaux confrères. Mais deux femmes croisent son chemin. Il y a d’abord Mary-Kay (Eve), l’élégante réceptionniste, qui semble attirée par Walter et son passé de criminel. Il y a ensuite Vicki (Kyra Sedgwick), une opératrice de machinerie lourde avec beaucoup de caractère. Walter les repousse initialement toutes deux. Mais Vicki, qui semble sentir une gentillesse en Walter, insiste: elle lui montre une ouverture qui finit par passer outre les réticences de Walter. Et elle entreprend avec lui une relation amoureuse.
The Woodsman nous montre bien sûr un homme face à un monde qui le déteste. Il y a d’abord l’agent de probation (joué impeccablement par Mos Def), qui semble visiter Walter seulement pour l’intimider. Il y a aussi Mary-Kay qui, devenant jalouse, poursuit sa petite enquête, et décide de causer de lui empoisonner la vie. Mais Walter fait aussi face à ses propres démons. Malgré ses efforts, il ne semble pas à l’aise dans sa relation avec Vicki. Et il y a les enfants: Walter passe des heures à regarder de jeunes filles jouer dans une cour d’école, en suit parfois discrètement pour les observer. Il en rencontre la petite Robin et parle avec elle dans un parc. Je ne révélerai pas ce qui leur arrive sauf pour dire que la pédophilie de Walter est au coeur du film.
À Tout le Monde en Parle, récemment, le polémiste et réalisateur Pierre Falardeau parlait du massacre de l’École Polytechnique avec l’écrivaine féministe Hélène Pedneault. Falardeau disait que le film sur le massacre n’avait pas été fait. “Qu’est-ce qu’il y a eu dans la tête de ce gars-là pour qu’il se rende à ça? Ce n’est pas pour l’excuser.” Pedneault a poursuivi: “Ce n’est pas suffisant de dire ‘Marc Lépine est un fou.’ Cela ne règle rien. Et on n’a rien dit quand on a dit ça.” The Woodsman (La Peur du Loup) approche la question du pédophile avec le même sérieux. Nous n’avions pas vu ce personnage-là avant.
Le scénario et la direction sont absolument magnifiques et le jeu des acteurs est discret, subtil, nuancé et parfaitement crédible. La réalisatrice Nicole Kesser signe ici son premier long-métrage. Espérons que ce ne sera pas son dernier.