19 octobre 2005
Lucien Bouchard publie un manifeste
Le titre est Pour un Québec Lucide et il est disponible sur le site. Le manifeste a été co-signé par plusieurs personnalités publiques: Joseph Facal, Pierre Fortin, Robert Lacroix, Sylvie Lalande, Claude Montmarquette, André Pratte, Denise Robert, Jean-Claude Robert, Guy Saint-Pierre, Marie Saint Pierre et Denise Verreault.
Je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais Cyberpresse prétend dans son article que Bouchard y sonne une sorte de sonnette d’alarme. Les thèmes sont familiers: le faible taux de natalité du Québec, son endettement, le vieillissement de la population et la compétition croissante asiatique mettent en risque l’avenir du Québec.
Je lirai le manifeste dans les jours à venir et vous donnerai mes impressions.
18 octobre 2005
Danny The Dog (Enchaîné, Unleashed)
Danny The Dog (Enchaîné, Unleashed) est un film de Luc Besson (Les Rivières Pourpres II, Nikita) mettant en vedette Jet Li (Hero). Besson aime donner dans le film de genre: la science-fiction avec Le Cinquième Élément, le policier avec Les Rivières Pourpres II, le film d’action avec Nikita, etc. Ici, il aborde le genre de Hong Kong, où les pirouettes, les arts martiaux et une chorégraphie léchée dominent les scènes d’action. Mais il y intègre son propre sens du style et une traitement sensible qui font le charme du film.
Danny (Jet Li) est un homme élevé comme un chien depuis son enfance: il vit dans un trou, un sous-sol sous une grille. Il mange avec ses mains la nourriture qu’on lui donne, des pâtes en boîte aux gâteries quelconque. Il comprend bien mais ne parle à peu près pas et, surtout, il porte au cou un collier de métal. Son maître, un homme en complet blanc que Danny appelle “Uncle Bart” (Bob Hoskins) est un petit criminel local qui se sert de Danny pour faire de l’extortion. Car Danny a un talent pour se battre. Quand Bart a besoin de Danny, il lui enlève son collier et lui dit de tuer, ce que Danny fait très bien.
Un peu par hasard, Danny rencontre Sam (Morgan Freeman), un aveugle qui accorde des pianos. Suite à un accident terrible, Danny se retrouve seul, perdu, blessé. Sam et sa belle-fille Victoria (Kerry Condon) l’adoptent comme un troisième membre de leur famille. Ils le nourrissent, lui démontrent gentillesse et respect, lui font écouter de la musique. Danny apprend à vivre comme un homme. Mais le passé de Danny revient pour le hanter et il devra prendre des décisions difficiles s’il ne veut pas que sa nouvelle famille souffre.
L’histoire de Danny the Dog semble plutôt banale. Mais Jet Li, Morgan Freeman et Bob Hoskins livrent une telle performance que nous finissons par y croire. Non pas à l’histoire elle-même, mais à la profondeur des personnages, à leurs drames, à leurs aspirations, à leurs faiblesses. Bob Hoskins, en particulier, donne une performance remarquable. C’est un méchant en complet blanc qui montre les dents, mais ses rires, ses menaces, ses marques d’affection et de dérision sont tellement bien rendues qu’il en devient attachant.
Pour ceux qui aimeraient les films d’action mais pas “les films de Hong Kong”: Danny the Dog (Enchaîné, Unleashed) a beaucoup à offrir. J’ai eu énormément de plaisir à le regarder. Luc Besson est un cinéaste d’expérience et tout y est bien réussi: le scénario, le jeu des acteurs, les images, la trame sonore. Un très bon divertissement.
Discrimination à l’Hôtel de Ville de Montréal
Laurent de Polyscopique me fait remarquer un article de Raymond Gervais pour La Presse: L’hôtel de ville est fier de son plan d’embauche des minorités. L’article explique que Marcel Tremblay, qui s’occupe des relations interculturelles pour le maire de Montréal Gérald Tremblay, a mis de l’avant un programme d’égalité dans l’emploi et en est très content. Le journaliste semble voir une ombre au tableau, par contre, et dit ceci dans le troisième paragraphe:
Par ailleurs, la politique d’égalité à l’emploi de la Ville a eu des incidences sur l’embauche réalisée dans le cadre du programme Placement carrière-été. Sur les 392 étudiants embauchés durant l’été 2005, 309 étaient des femmes, 51 provenaient des minorités visibles, 30 des minorités ethniques et deux étaient des autochtones. Aucun étudiant mâle francophone n’a obtenu d’emploi au sein de la ville cet été.
Aucun étudiant mâle francophone? Sur presque 400 étudiants embauchés? Et ce n’est pas le lead de l’article? Dans son article, Laurent en conclut que le seul critère d’embauche devrait être la compétence. Le problème, bien sûr, c’est que ce ne l’est à peu près jamais. Alors je n’ai rien contre des mesures raisonnables pour aider certains groupes jugés défavorisés… mais il faut quand même être capable de se rendre compte quand un programme dérape et ne pas en être “fier”.
17 octobre 2005
Fêter l’Action de Grâces à l’anglo-saxonne
Dans tous mes cours de langues, j’ai une section conversation où je dois aider les élèves à pratiquer. Sauf que les petits exercices bidons de style mise en situation conne, je n’aime pas ça. Alors à chaque semaine, je me trouve une histoire en canne (”my stupid story this week”). Et je développe un sujet de discussion, qui peut ou non avoir rapport avec l’histoire en canne. J’aime surtout l’histoire en canne parce que ça fait rire les élèves (mes jeunes!) et ça m’aide à bâtir une relation avec eux. Ça leur montre aussi comment cool je suis.
La semaine dernière, mon histoire en canne portait sur l’Action de grâces. Les États-Unis fêtent la fameuse Thanksgiving en novembre. Plus au nord, nos récoltes arrivent plus tôt dans l’année, alors nous fêtons ça au début octobre. Au Québec, c’est une fête peu connue que presque personne ne célèbre. J’ai fait un mini-sondage auprès d’une quinzaine de mes jeunes et j’ai découvert qu’un seul la soulignait. Et je ne parle même pas de célébrer dans le sens de respecter toutes les traditions: il est le seul à faire un effort annuel pour regrouper la famille autour d’une table à cette date.
Dans ma famille, nous aimons les fêtes, alors à l’Action de Grâces, nous faisons toujours un souper en famille où, autant que possible, nous mangeons de la dinde. Ça s’arrête là: pas de tarte à la citrouille, de massacres d’amérindiens, ni rien d’autre qui caractérise l’occasion. Mais c’est déjà ça. Sauf que cette année, j’enseigne au cégep dans le département des lettres, alors j’ai rencontré des jeunes qui viennent au Québec pour perfectionner leur français et obtenir une expérience d’enseignant comme moniteurs de langues. Et j’ai reçu une invitation pour fêter la Thanksgiving avec eux… Cue le début de l’histoire en canne.
Lorsque j’arrive, je remarque tout de suite une différence d’avec le party précédent: les Français ne sont pas là et j’entends presque juste de l’anglais dans la salle. Je salue Rob, un Britannique qui nous reçoit. Il vient de sortir sa dinde du four, préparée selon la recette de sa mère. “J’ai fait de la farce! — Excellent! Mais pourquoi tu la fais cuire séparément? Ah, c’est parce que ce n’est pas tout le monde qui aime ça. — Mais tu aurais quand même pu ça ensemble. La farce va dans la dinde et la viande est à l’extérieur.” Il a l’air un peu exaspéré: “Oui, bon, mais sur le coup, je n’y ai pas pensé, ça.” Ça m’amuse beaucoup, ce genre de commentaire-là.
Une fois que la table est servie, Rob interrompt la conversation: “Avant de manger, je voudrais dire quelques mots…” L’autre Québécois crie: “Le bénédicité!” Je pense qu’il trippe, lui aussi, de fêter ça à l’anglo-saxonne et là, il voit grand. Personne ne comprend le mot “bénédicité”, bien sûr, mais je fais mon bon petit prof de langues: “Grace!” Rob dit: “Oui, justement, j’aimerais le dire si vous n’avez pas d’objection.” Je n’en reviens pas, je jubile. Bon, bon, je comprends que dans certaines familles, ça existe encore, le bénédicité, mais moi, je n’ai jamais vu ça ailleurs que dans Sérephin et le cinéma Américain. Viande à chien!
Rob poursuit: “Je voudrais vous remercier, Seigneur, pour toute cette nourriture que vous nous donnez.” Il décide de détailler: “Cette nourriture de la terre”, et il pointe ce qu’il y a sur la table; “cette nourriture de l’air”, et il pointe la dinde… ça vole, une dinde?; “cette nourriture de l’eau”, et il ne pointe rien, mais c’est probablement mieux comme ça parce que nous n’avons pas de poisson. Il continue comme ça pendant une bonne minute et moi j’ai l’air excité comme un antiquaire dans une résidence pour personnes âgées. Amen.
Tout le monde se sert. Une quinzaine de minutes passent et nous nous retrouvons finalement tous assis en rond, une douzaine, à se parler en petits sous-groupes de trois ou quatre. Jessie, un Canadien, demande notre attention: “Il y a une tradition pour le Thanksgiving dans ma famille. Je ne suis pas avec eux cette année, mais on fait ça tout le temps ça et je l’apprécierais beaucoup si vous vouliez participer. À chaque année, quand on soupe, on dit une chose pour laquelle on est reconnaissant.” Ah. Mon. Dieu. La vraie, la pure tradition du Thanksgiving. “Chez nous, c’est très religieux, tout le monde est reconnaissant pour Dieu et sa présence dans notre vie, mais ça peut être n’importe quoi, une chose pour laquelle vous êtes reconnaissant.”
Je ressens une certaine tension: c’est la première fois que je fais ça et il me semble qu’il faut que je trouve quelque chose d’important. Une des filles prend ça moins au sérieux que moi: “Je suis reconnaissante pour le sexe. Le sexe et la pilule.” Finalement, c’est à mon tour. Je décide d’expliquer que je suis reconnaissant pour la bonne santé de ma grand-mère. Elle a 87 ans, elle m’a conjointement élevé pendant quelques années et je suis très très heureux de l’avoir encore avec moi, lucide et active. Petit moment d’émotion dans la salle: les filles poussent un “aaaaaaaah, que c’est cute”, ce que je viens de dire. Je comprends immédiatement que je vais dormir seul ce soir.
Mais tout cela pour dire que j’ai découvert la vraie Action de Grâces anglo-saxonne. Deux choses en ressortent: d’abord, c’est éminemment quétaine. Ensuite, c’est une très belle tradition; magnifique même. On critique beaucoup de fêtes aujourd’hui d’être rendues trop commerciales. Mais l’Action de Grâces, même pour un athée comme moi, ça rejoint autre chose: prendre un moment pour mettre l’emphase sur quelque chose qui va bien dans notre vie. C’est quelque chose qu’on ne fait pas assez souvent. J’adore. L’an prochain, je vais tenter d’instaurer la tradition dans ma famille.
Voilà. Fin de l’histoire en canne. Cool, le prof, non?
Pauline Marois admet avoir fumé du pot
Eh oui, Pauline Marois admet avoir fumé du pot: “Non, j’ai essayé. J’ai inhalé, mais je n’ai pas vraiment aimé ça, par exemple!” C’est une stratégie? Gagner sur Boisclair en admettant qu’elle aussi a fait des conneries? La course au leadership du Parti Québécois vient d’atteindre un nouveau sommet dans le ridicule. Mais j’avoue que c’est quand même moins pire que de blâmer la population.
14 octobre 2005
Pauline Marois donne son discours de concession
Dans les dernières semaines, nous avons vu au Québec se développer un discours de plus en plus abrutissant: le Québec est-il “prêt”, assez mûr politiquement, pour accepter d’élire une femme première ministre du Québec? Marie-France Bazzo de Radio-Canada a animé en fin de semaine dernière un débat sur la question. Michel Garnotte (et de nombreux autres) a signé une caricature à ce sujet. Chantal Hébert a pris position dans une de ses chroniques. Etc., ad nauseam.
Je dis “abrutissant” et le problème n’est pas la question. Bien sûr que si le Québec n’a pas la maturité politique pour élire une femme comme première ministre, je trouve que ça vaut la peine d’en discuter. Le problème, c’est que dans la grande, l’énorme majorité des cas, personne ne semble se poser la question de la compétence relative de Pauline Marois. Les commentateurs ne veulent généralement pas se mouiller sur la compétence relative des candidats dans une course. Alors en ce moment, ils débattent publiquement (dans toutes les tribunes) de si Mme Marois perd parce qu’elle est une femme en évitant autant que possible de se demander si elle pourrait perdre pour d’autres raisons.
Voici à peu près comment va le raisonnement: Pauline Marois est une femme, elle est deuxième derrière André Boisclair, il s’ensuit que le Québec est sexiste. Moi, j’en conclus que Richard Legendre et les deux cent cinquante-trois autres prétendants au throne qui sont encore plus loins derrière doivent ipso facto être secrètement des femmes. Je veux dire, on suit la logique ou on ne la suit pas.
Le “débat” public a tellement dégénéré que j’ai entendu plusieurs commentateurs féliciter les femmes qui appuient Pauline Marois ou faire un doux reproche à celles qui ne l’appuient pas. C’est encore plus absurde. Je me souviens d’une période où les filles votaient pour les filles et les gars votaient pour les gars. C’était quand on choisissait un représentant de classe à l’école secondaire. Moi, j’ai passé cette période-là. Il serait peut-être temps que nos journalistes et chroniqueurs en fassent de même.
Marois vient de rajouter son propre grain de sel à la controverse qui monte et a signé ce que je ne peux qu’appeler un discours de concession:
En entrevue à La Presse, hier, la candidate à la direction du Parti québécois s’est dite victime des «vieux préjugés» à l’endroit des femmes en politique. Ces préjugés minent selon elle sa campagne. «Il y a comme une espèce de doute parfois sur cette capacité d’exercer l’autorité, de prendre une décision, de s’imposer, parce qu’on ne parle pas fort, parce qu’on ne met pas le poing sur la table», a-t-elle expliqué.
À son avis, les Québécois se disent publiquement «prêts» pour une femme chef de parti ou première ministre, mais «quand joue l’inconscient, ils ont peut-être des doutes».
«Est-ce qu’elle va être capable de prendre des décisions, (…) de diriger une équipe, d’aller chercher la confiance de ses collègues. Je crois qu’il y a beaucoup de ça», a-t-elle précisé.
Quand un candidat commence à expliquer pourquoi il perd, souvent, il a déjà perdu l’objectif de vue. Ou une candidate. Enfin, vous comprenez. Plus! Quand un candidat refuse de prendre responsabilité pour ses erreurs, préfère blâmer l’électorat… quel manque de jugement. Dans une démocracie, l’électorat a toujours raison. Dans le même article, on peut lire que seulement 4% des électeurs ne veulent pas d’une femme première ministre. Et Pauline Marois pense que pour remonter, elle doit chiâler que ce n’est pas de sa faute à elle et dire aux électeurs “vous êtes intolérants”? Elle pense s’aider en insultant la population? Je suis sidéré.
J’ai un ami au parti qui m’a récemment dit qu’il appuyait Pauline Marois. Moi, je l’appuie pas parce que je trouve qu’un premier ministre qui a des boules, ça ne fait pas sérieux. Je niaise. Non, je ne l’appuie pas parce que je trouve que c’est un peu une Landry “moins”. Elle a un peu les mêmes qualités (bonne gestionnaire, bonne avec les dossiers, grande expérience, cultivée, etc.), un peu les mêmes défauts (langage froid, manque de charisme, tendance à gaffer, etc.). Sauf que ses qualités me semblent moins prononcées (Landry maîtrisait mieux ses dossiers) et ses défauts amplifiés (Landry paraissait distant; Marois plane dans la stratosphère).
André Boisclair est un autre type de chef. Il n’a ni les mêmes qualités, ni les mêmes défauts. Et les qualités qu’il a correspondent en grande partie à ce que toute une aîle du parti recherche: la jeunesse, la volonté de renouveler les institutions, un certain charme, etc. Maintenant, Boisclair n’est probablement pas le candidat idéal. Il est quand même très bon et je trouve que la compétition est légitime, qu’il existe amplement de raisons légitimes de préférer Boisclair à Marois. Enfin, j’ajouterais que Pauline Marois a un grand défaut comme chef de parti: elle a peu d’instinct politique. Et je crois qu’elle vient d’en faire la preuve.
13 octobre 2005
A History of Violence (Histoire de violence)
A History of Violence (Histoire de Violence) est le dernier film du réalisateur canadien David Cronenberg (eXistenZ, Crash). Cronenberg a un répertoire assez vaste, mais il nous a récemment habitué à des films troublants sur la folie, le délire, la fuite de la réalité. Rien de tel ici.
A History of Violence nous raconte l’histoire de Jack Stall (Viggo Mortensen). Stall est un Américain moyen de l’Indianna dans la quarantaine. Il est propriétaire d’une petite cantine qui ne fait pas fortune, mais où quelques réguliers aiment venir pour prendre leur café et manger des oeufs en parlant au chef. Il est marié à Edie (Maria Bello), une charmante avocate. Le couple a deux enfants qui vivent des problèmes normaux d’adolescents. Il y a même au début une scène d’intimité sexuelle qui semble vouloir nous montrer que Jack et Edie, malgré toutes ces années, s’aiment encore et ont encore le sens de l’aventure.
Puis, survient l’élément déclencheur. Deux hommes entrent dans la cantine un soir pour dérober les clients. Pas seulement ça: bien que Jack Stall l’ignore, ces hommes sont de violents tueurs en série. Stall leur offre de prendre tout l’argent qu’il a, mais les hommes menacent la serveuse. (Pourquoi une cantine qui a deux clients assis au comptoir peut-il entretenir trois personnes sur le plancher, ou même en avoir besoin? je l’ignore, mais si un jour je m’achète une cantine, je tenterai de vérifier.) Stall bondit et élimine rapidement les deux agresseurs. Il devient un héros local.
Très rapidement, les actions de Jack Stall attirent de l’attention. Carl Fogarty (Ed Harris) est un homme mystérieux au son visage défiguré qui arrive en ville pour poser des questions à Jack. Il affirme que Jack ne s’appelle pas Jack, mais Joey, ne vient pas de l’Indianna, mais de Philadelphie. Et que s’il a réussi à éliminer les deux tueurs, c’est parce qu’il a une expertise pour tuer. Fogarty reste toujours calme, mais c’est un calme menaçant, intimidant. Il veut que Jack l’accompagne.
Nous avons déjà vu cette prémice dans le cinéma hollywoodien. Dans un film comme ça, nous apprenons ensuite que le héros a déjà été un agent secret de la CIA, un projet secret de l’armée, un maître des arts martiaux, ou tout simplement un mafieux sanguinaire. Souvent, les hommes méchants qui le retrouvent menacent ou tuent la famille du héros. Puis, pour se défendre ou se venger, le héros doit confronter ces hommes, ce mal qu’il aurait dû combattre il y a vingt ans au lieu de se retirer. S’ensuit un film d’action haut en couleurs, avec des chorégraphies spectaculaires pour les combats.
Mais Cronenberg ne tombe pas dans ce piège-là. A History of Violence prend pour point de départ un cliché hollywoodien et le traite comme une histoire sérieuse. Cronenberg semble se demander ce que cela voudrait dire si une telle histoire arrivait vraiment, si un homme moyen se faisait réellement approcher par des hommes méchants qui disent qu’il n’est pas ce qu’il dit être. Le film d’action haut en couleurs n’a jamais lieu. Les quelques scènes d’action auxquelles nous avons droit sont surprenantes, marquées de rapidité et de fluidité, finissent presque immédiatement. Dans un contexte où l’action prend de plus en plus de place et où, surtout, les scènes où elle apparaît s’éternisent, je trouvais celles-ci rafraîchissantes.
Le traitement de David Cronenberg est définitivement ce qui fait l’attrait du film. J’ai déjà mentionné les scènes d’action. Une foule de détails va dans ce sens. Deux scènes de sexualité, par exemple, se démarquent par l’éclairage naturel, le jeu spontané, une certaine maladresse. Nous avons l’impression de voir là une réinterprétation de scènes similaires dans une comédie romantique, mais calqués de plus près sur la réalité humaine. A History of Violence n’est pas le film de l’année et, en bout de ligne, je n’ai jamais tout à fait cru à l’histoire, mais le plaisir qu’on peut ressentir à voir Cronenberg manipuler les clichés, la qualité du scénario et la solide performance de tous les acteurs en font une bonne production.
10 octobre 2005
Mauvaise fin de semaine
Je devais préparer un éditorial en fin de semaine et une critique de film. Deux choses sont arrivées: d’abord, j’ai fait des conneries et j’ai dû réinstaller mon ordi. Je suis en train de récupérer mes copies de sauvegarde en ce moment même et je n’ai pas encore fini de réinstaller mes logiciels. Ensuite, j’ai attrappé un rhume. Heureusement, je ne travaille pas au cégep cette semaine (c’est la semaine de lecture), alors je ne risque pas de partir une épidémie. Mais disons que tout le travail productif que je pensais faire samedi et dimanche a pour ainsi dire pris le bord. Meilleure chance la prochaine fois, comme on dit.
7 octobre 2005
Lysiane Gagnon et le diplôme d’André Boisclair
Hier, le journal La Presse à Montréal a publié une chronique de Lysiane Gagnon dans laquelle la journaliste accusait le candidat à la course à la chefferie du Parti Québécois André Boisclair de mentir au sujet de son séjour à l’université Harvard: “André Boisclair ferait bien de corriger au plus vite sa biographie officielle qui lui attribue une maîtrise en administration publique de l’Université Harvard. C’est tout simplement de la fausse représentation.”
Mme Gagnon prétendait que Boisclair avait seulement obtenu une “Mid-Career Master in Public Administration (MC-MPA)”, qu’elle décrivait comme une sorte de demi-maîtrise. Elle prétendait de surcroît que ce diplôme avait été décerné par la JFK School of Government et non Harvard même. L’entourage d’André Boisclair a vite réagi et a fait circuler une copie de son diplôme. Lorsque Brem m’a parlé de la controverse, hier, j’ai tout de suite voulu vérifier si l’accusation était sérieuse ou sans fondement. J’ai trouvé ceci:

L’image est de très mauvaise qualité. Par contre, on voit aisément que le document dit bel et bien “Harvard University” en haut. En regardant très attentivement, on finit par voir aussi plus bas que ça dit bel et bien “Master in Public Administration” et non “Mid-Career Master in Public Administration (MC-MPA)”. En voyant cette image, j’ai très vite conclu que l’accusation était sans fondement et que le journal se rétracterait dès vendredi. C’est ce qui est arrivé: La Presse a présenté ses excuses et plus personne (sauf André Arthur, peut-être) ne remet plus en question le diplôme de Boisclair.
Mais je considère que le dossier n’est pas clos. La qualité d’une démocratie dépend en bonne partie de la qualité de ses journalistes. Mme Gagnon a publié un article-choc qui était complètement sans fondement. Et si ce qu’on nous dit est vrai, elle n’aurait même pas tenté au préalable de vérifier ses faits auprès de Harvard ou de l’équipe d’André Boisclair. Elle n’aurait pas demandé de voir le diplôme avant de tirer des conclusions sur ce qu’il pouvait bien dire. C’est complètement inacceptable.
Le camp Boisclair prétend maintenant que Mme Gagnon fait partie d’une sorte de cabale fédéraliste contre le candidat. D’instinct, je ne le crois pas. J’imagine que Mme Gagnon ne ressent pas beaucoup de sympathie pour André Boisclair et que peut-être que cette prédisposition lui a fait perdre son scepticisme. Mais je ne crois pas que Mme Gagnon voulait fabriquer une histoire de toutes pièces.
Sauf que, preuve à l’appui, nous voyons bien que c’est ce qu’elle a fait. Même si c’est simplement par inadvertance, un journal de réputation comme La Presse devrait se demander comment cela a pu arriver. Quels processus ont fait en sorte qu’un tel article soit publié? Est-ce que Mme Gagnon procède régulièrement de la sorte, ou était-ce simplement une (grave) erreur de parcours? Ne serait-ce que par respect pour ses lecteurs, La Presse doit assurer un suivi et nous expliquer pourquoi ce genre de chose ne se produit pas régulièrement dans des cas qui attirent moins l’attention et, surtout, pourquoi cela ne se reproduira pas.
5 octobre 2005
Les réductions d’impôt
Cette semaine, le ministre québécois des Finances Michel Audet a annoncé que le prochain budget ne comprendrait pas de baisses d’impôt. Dans le contexte politique actuel, ce n’est guère surprenant: tous ceux qui suivent l’état des finances publiques québécoises sait que le gouvernement est très près du déficit et ne peut plus rien se permettre. Par contre, une telle annonce permet toujours de faire le point sur cette promesse électorale que Jean Charest avait fait durant la campagne électorale de réduire les impôts de un milliard par année pendant quatre ans.
François Legault, le critique péquiste de l’opposition officielle, a lancé quelques salves en déclarant que sous Jean Charest, le fardeau fiscal total des Québécois a augmenté: il parle bien sûr de l’augmentation des tarifs pour certains services, dont les services de garde et l’électricité. Ultimement, il blâme Ottawa, mais affirme quand même que le gouvernement libéral s’est fait élire sur la base de promesses irresponsables.
Jean Charest, lui, met la faute sur le dos du gouvernement péquiste précédent: “L’information (financière) qu’ils avaient diffusé est celle sur laquelle on s’était basé pour faire nos projections. […] Ils nous ont laissé un désastre financier. Ils avaient annoncé des transferts fédéraux inexistants.” En politique, cet argument ne surprend plus… Mais il survient quand même alors que le gouvernement prépare son quatrième budget. Le PLQ avait tenu ce même discours à leur arrivée au pouvoir et devrait par conséquent avoir passé outre la surprise initiale. On ne diraît pas.
Yves Séguin, jusqu’à récemment ministre des Finances sous Jean Charest, affirme qu’il savait dès la première année que les baisses d’impôt seraient irréalisables. “Il aurait fallu le dire beaucoup plus tôt”, dit-il. Jean Charest, lui, “ne regrette rien”. Nooooooooooon, rien de rien… Noooooooon, il ne regrette rien. Ni le bien, qu’il a fait; ni le mal, tout ça lui est bien égal! Car la vie, car les joies, aujourd’hui, ça - com - men - ce - avec - TOI!